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Ou comment les maestros d’opérette détruisent chaque jour un peu plus la pratique du tango…

Dans quelques billets précédents je partageais avec vous mon sentiment plus que mitigé sur les qualités pédagogiques de la communauté autoproclamée de professeurs de tango argentin. Seulement, comment a-t-on pu en arriver à une telle médiocrité ? Surtout, comment est-il possible que cette situation installée perdure ?

Il n’y a pas de raison que notre danse échappe aux maux de l’époque et de la société dans laquelle elle évolue. Observant certains cours autour de moi, je ressens quelque chose de similaire à l’observation de l’expérience de Milgram. Il suffit parfois d’un complet veston, d’une paire de chaussures à paillettes ou d’un patronyme à consonance sud-américaine pour légitimer la parole de certains professeurs, se laissant facilement aller à la guruisation.

La table des maestros autoproclamés en bal, vous connaissez ? Le book photo d’un pseudo professeur option  danseuse à moitié nue et sourire ultra-brite à faire pâlir un album de Richard Cleyderman aussi ? Le ridicule du folklore des petits maestros de quartier pourrait simplement nous amuser s’il n’avait pas une conséquence aussi néfaste par notre danse : la création et le maintien de chapelles et surtout le maintien d’un niveau de danse général plus que médiocre.

L’autorité du petit maestro lui conférant parole d’évangile, la guerre des religions du tango peut facilement être déclarée : « oui, mais nous, on fait du xxx ». Remplacez xxx par milonguero, traspié, fantasia, cayengue, candombe, lissa, nuevo, néo, salon, tradi etc. et vous aurez exploré le panel de la méconnaissance acquise et surtout sciemment perpétuée à grand renfort de marketing.

Tant que les querelles de chapelles occupent les esprits et que la police des bords de piste sévit dans son jugement sentencieux sur les appartenances de tel ou tel élément à une culture rioplatense plus ou moins fantasmée, le temps de cerveau disponible se réduit à peau de chagrin. On oublie alors l’essentiel : comment progresser, partager ou enseigner cette danse ?

Il est malheureusement parfois facile de faire de l’esbroufe devant une communauté n’ayant majoritairement aucune autre pratique artistique, n’ayant pas eu la chance d’exercer une discipline de long terme, sportive par exemple, en bref : n’ayant aucune référence extérieure et acceptant l’imposture de bonne foi.

Les enseignants comme les organisateurs d’événements ont certainement un rôle déterminant à jouer pour affuter l’esprit critique des élèves, leur regard sur la danse, mais un peu d’autonomie ne serait pas non plus du luxe. Au passage, je reste parfois  bouche bée devant l’infantilisme d’une partie de notre public, dit adulte. Comment des citoyens autonomes avec un minimum d’esprit critique peuvent retomber dans la position d’un élève d’école primaire, devant repasser ses leçons à chaque cours dès l’entrée dans la salle de danse ? On observe aussi dans nos cours des comportements d’adolescent(e)s prépubères des élèves vis-à-vis de leur professeur ou de leur partenaire de classe, de la midinette amoureuse du prof à l’élève tout juste confirmé, autoproclamé ceinture noire troisième dan de tango, qui refuse de danser avec des débutants et qui se transforme en professeur dans toutes les pratiques des alentours.

Au final, les torts sont certainement partagés dans les origines du mal ayant engendré cette situation, entre l’égocentrisme de quelques danseurs amateurs se proclamant professeurs et le manque de culture artistique de la population. Je ne peux ici que lancer un appel aux danseurs de tous horizons : réveillez-vous chers danseurs, sortez de vos habitudes, allez voir ce qui se passe en dehors de votre cours, de votre association, soyez curieux, soyez aventureux, refusez les solutions toutes faites. Notre communauté mérite mieux que des maestros d’opérettes qui ne vous proposent que l’aliénation.