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J’écris ce billet à quelques heures du week-end. Beaucoup d’entre-nous vont en profiter pour faire leurs courses de Noël vont profiter de ce temps pour s’exercer, prendre plaisir sur les pistes. Après mes quelques sorties précédentes sur la pédagogie approximative de mes contemporains et leur propension à fermer la communauté, à la morceler en chapelles au point où les danseurs de tango se retrouvent parfois perçus comme les membres d’une secte, je crains que ces pavés jetés sur la piste ne me soient renvoyés, si toutefois nous n’étudiions ensemble quelques solutions. Dénoncer la médiocrité du monde c’est bien (quoi qu’un peu adolescent attardé j’en conviens), en sortir c’est mieux !

Et maintenant, que vais-je faire ?

photo Gilbert Becaud

Gilbert Becaud, parce qu’il le fallait…

Les symptômes étant établis, quels pourraient être les remèdes ?

Un diplôme pour les gouverner tous !

La première initiative qui me vient à l’esprit relève de la certification. D’autres danses (classique, jazz et contemporaine) bénéficient d’agréments de l’état sous la forme d’un diplôme sanctionnant une formation pour le moins ardue, passant en revue l’anatomie fonctionnelle, les principes pédagogiques autant que les qualités de danse des candidats.

Une telle initiative a déjà été tentée au début des années 2000 si mes souvenirs sont exacts. Elle s’est butée à quelques obstacles majeurs : elle n’était pas initiée par la communauté, mais par une fédération qui ne considère le tango argentin que sous l’angle des danses folkloriques, un ersatz de tango européen dont la quintessence peut s’observer dans les concours… Vous connaissez déjà mon opinion sur le sujet !

Le second obstacle majeur était beaucoup plus prévisible puisque certains acteurs de la communauté se sont sentis bien démunis à l’idée de se voir confronter à leurs pairs, qui plus est quand certaines écoles patentées réalisent de substantiels bénéfices en vendant des formations de professeurs de tango argentin à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ces derniers ont donc vu d’un sale œil l’arrivée d’une concurrence légitime.

Enfin, notre danse, par son histoire et ses éléments constitutifs, est un éternel métissage d’influences culturelles diverses qui l’ont rendue si populaire de par le monde. En cela, l’idée de figer le tango dans un académisme sentant parfois la naphtaline en a effrayé plus d’un et je les comprends !

Je ne suis pas complètement contre cet axe d’amélioration, mais reconnaissons que par le temps qui courent, la délégation à une autorité supérieure de toute forme de certification ne serait qu’un risque supplémentaire de dévoiement des valeurs de notre danse préférée et surtout le maintien de notre communauté dans un infantilisme qui l’a déjà par trop défigurée. Si une nouvelle initiative de ce type devait être à nouveau lancée, elle devrait donc s’entourer de nombreux garde-fous.

Et si nous devenions des dans’acteurs ?Appel au boycott !

Un peu de responsabilités individuelles ne feraient pas de mal, non ? Et si nous mettions enfin nos actes en cohérence avec nos opinions ? Sans rentrer dans un militantisme forcené, il me semble que chacun d’entre nous peut changer le monde dans lequel il vit, au moins un peu, simplement en changeant ses modes de « consommation ». A la manière des cosomm’acteurs nous pourrions devenir des dans’acteurs !

Élèves, professeurs ou danseurs, nous sommes tous des prescripteurs : chaque choix que nous faisons est porteur de sens !

Chaque danse que nous accordons à un homme qui ne respecte pas les danseuses, chaque minute passée dans un lieu qui nie les valeurs inclusives de notre danse, chaque euro dépensé dans une heure de cours avec un charlot autoproclamé maestro sont des choix individuels qui impactent la communauté dans son ensemble.

Je conçois que ces choix peuvent être difficiles à faire et peuvent sembler inutiles à court terme. Cela voudra dire danser moins (pour danser mieux !). Cela voudra peut-être dire aussi danser plus loin de chez soi, dépenser certainement un peu plus, rester plus longtemps sur le bord de la piste… Pour certains professeurs, cela voudra dire aussi gagner moins dans un premier temps en sortant de leurs cours des élèves qui ne jouent pas le jeu du partage ou du respect. C’est peut-être dur, mais nécessaire, me semble-t-il.

À moyen terme, la succession de telles décisions pourrait clairement ouvrir de nouvelles perspectives à notre communauté  et nous faire rentrer dans un cercle vertueux avec  plus d’échanges avec d’autres disciplines, des danseurs plus aguerris, plus de respect du corps comme de l’individu. Bref, une communauté dynamique et séduisante.

Aller, hop hop hop, on a du boulot !