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Alors que je brouillonnais un article sur l’art de se faire inviter en bal pour que les dames passent un peu moins de temps « à tricoter » sur un banc un attendant le prince charmant, je me suis surpris à écrire une longue digression, le souvenir d’une expérience personnelle vécue en bal tango non loin d’Arras, ville ou je sévis actuellement. L’occasion faisant le larron je lance donc une petite série d’histoires personnelles sur le blog.

Si vous souhaitez participer et raconter vos propres expériences, les portes du blog vous sont d’ailleurs ouvertes.

La diva du dancing… ou de la milonga

Un jour je me suis fait planter sur la piste ! En fait, ça m’est arrivé deux fois, mais cela fera l’objet d’une autre sortie… Jeune étudiant de tango, avec quelques mois de danse sous le bras, pourtant assidu, pourtant adoubé par ma toute première professeure « bon pour le bal », je me suis fait planter, comme un con il faut le dire, sur la piste.

C’était un de mes tout premiers bals à Lille, j’étais d’ailleurs fervent client du latina à Paris (que de souvenirs). Un petit covoiturage et me voilà arrivé à la milonga du «202», aujourd’hui défunte. Durant le transport nous devisions de notre plaisir à danser, de cette découverte des sensations, de l’autre, etc. Dans la voiture se trouvait une jeune et jolie danseuse, belle brune pétillante, qui ne jurait que par un pseudo professeur bien connu du secteur qui possédait tout l’attirail de l’hidalgo des romans à l’eau de rose des jeunes filles en fleurs, malheureusement pas les compétences… la guruisation vous vous rappelez ?

Arrivée à la milonga, en piste… Une tanda par ci, une tanda par là. On fait ce qu’on peut au début. Et me voilà prendre mon courage à deux mains pour inviter ma donzelle à partager quelques tangos. Je crois qu’elle avait attendu la moitié de la soirée l’arrivée d’un hypothètique milonguero. Je fus donc l’ersatz de service. Un pas, deux pas, trois pas, ça ne colle pas. Pas de connexion. La panne. Pas moyen d’arriver à lui guider quoi que ce soit ! Un demi-tango passe et nous marchions à peine. Et là ! là ! Elle me planta sur la piste. Je ne me rappelle plus de mots, mais ça devait donner un truc du genre « ok, merci, je ne me sens pas bien… »

Le tanguero en devenir que j’étais en avait déjà toutes les qualités : égocentrique, susceptible, etc. Je suis retourné m’assoir, bougonnant. Je ne correspondais pas au standard hautement élevé de la demoiselle. J’ai certainement passé 30 minutes au téléphone dans un couloir ensuite, pour dissiper ma gêne et supporter le ridicule de la situation. Quelques instants plus tard, une dame âgée est venue m’inviter. Je ne sais pas si elle avait vu la scène, je me rappelle simplement du réconfort de pouvoir partager un moment avec quelqu’un qui me disait avec le corps « peu importe les pas, j’écoute la musique à travers toi ».

Bien que cet événement fût si tragique à mes yeux, il m’a poussé à redoubler d’efforts pour acquérir rapidement un niveau acceptable par la gent féminine.C’est un moment que je n’ai jamais oublié. Ma mémoire est émotionnelle, définitivement. De retour dans les salles de cours, j’ai donc doublé le volume horaire et voulu comprendre tout ce qui avait pu engendrer un tel sinistre. Je voulais comprendre LA mécanique du mouvement. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que la demoiselle était un pur « fake » et son maestro, aussi… Personne ne pouvait lui guider ce qu’elle pensait être son niveau.

Comme la vie est pleine d’ironie, je peux vous confier que nous nous sommes récemment recroisés dans un bal cet été, plus d’une décennie plus tard. Elle s’est approché de moi et avec une voix des plus fluettes m’a dit  » tu te souviens de moi…bla-bla circonstanciel…, tu veux bien m’inviter ? ». Oh que oui, je me souvenais. Nous avons dansé, une tanda, certainement la dernière de ma vie avec cette (plus vraiment) demoiselle. Enfin, j’ai dansé et elle a fait ce qu’elle pouvait. Souviens-toi du vase de Soissons !

Je ne suis pas fier de cet épisode, mais il illustre assez bien, mesdames, un conseil qui me semble important de partager : le tanguero est un petit être égocentrique, fragile et parfois très susceptible (et rancunier).  Dix ans plus tard, la dame qui m’a offert une tanda ce soir-là danse peu, elle n’est certainement plus au standard elle non plus… Et bien, chaque fois que la croise, je l’invite !

Morale de l’histoire : la danse est un partage, il faut aussi savoir offrir avant de recevoir. Mesdames, pensez-y avant de refuser une tanda à un débutant plein de bonne volonté, surtout s’il a une mémoire d’éléphant !!!le tango des éléphants