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Danse avec ton cortex !

L’article suivant ne parlera pas directement – une fois n’est pas coutume – du tango dit argentin, mais des bienfaits de la danse pour notre intelligence et surtout les bénéfices des danses sociales, des danses d’improvisation, par opposition aux danses de compétition ou d’exhibition.

Depuis des siècles, les manuels de danses et autres écrits ont loué les bénéfices de la danse pour la santé, généralement comme exercice physique. Plus récemment nous avons pu assister à un mouvement de recherche plus poussé sur les bénéfices santé de la danse, comme la réduction du stress et l’augmentation du taux de sérotonine, avec son intérêt pour le bien-être général de l’individu. Enfin, un autre bénéfice plutôt inattendu a été exploré et devrait réjouir les lecteurs de ce billet : danser fréquemment nous rend plus intelligents.

Une étude majeure est venue s’ajouter aux preuves croissantes d’une stimulation de l’esprit par la danse. Notre activité préférée permettrait donc de lutter contre le syndrome d’Alzheimer et d’autres cas de démence, plus efficacement que d’autres exercices physiques gardant le corps en forme.

Danser permet d’améliorer les facultés cognitives à tous les âges.

Peut-être avez-vous entendu parler du rapport du New England Journal of Medicine sur les effets des activités récréatives et l’acuité mentale lors du vieillissement.
Cette étude d’une durée de 21 ans portait sur des publics séniors, âgés de 75 ans et plus, a été menée par le Albert Einstein College of Medicine dans la ville de New York. La méthode utilisée pour mesurer objectivement l’acuité mentale dans le vieillissement repose sur le contrôle des taux de démence, incluant le syndrome d’Alzheimer. L’étude explore la relation entre les activités physiques, récréatives cognitives et leurs influences sur l’acuité mentale. Les chercheurs ont découvert que certaines activités ont un effet positif significatif, d’autres n’en ont pas.

Les chercheurs ont étudié des activités cognitives comme la lecture de livre, l’écriture pour le plaisir, les mots croisés, les jeux de cartes ou la pratique d’un instrument de musique. Ils ont aussi étudié des activités physiques comme le tennis, le golf, la natation, le cyclisme, la danse, la marche et la réalisation des tâches ménagères.

graphique montrant que la danse est la meilleure activité pour diminuer les risques de démences séniles

Le premier résultat de cette étude, assez surprenant, et que presque aucune des activités physiques ne semble protéger de la démence sénile. Il y a bien évidemment des effets cardiovasculaires positifs, mais l’objet de l’étude était l’esprit. Il y a cependant une seule exception et elle est d’importance : la seule activité physique qui offre une protection contre la démence est la danse pratiquée fréquemment.
Mieux, la danse offre la plus grande réduction de risque pour toutes les activités pratiquées quelle soit physique ou cognitive.

La neuroplasticité à la source des bénéfices observés

Quelle peut-être la cause de ces bénéfices sur l’activité cognitive ? Dans cette étude, le neurologiste Dr. Robert Katzman a proposé comme hypothèse que les personnes observées soient plus résistantes aux effets de la démence parce qu’elles posséderaient une plus grande réserve cognitive et auraient accru la complexité de leur réseau de synapses neuronales. Comme dans tout apprentissage, la participation mentale active à des activités abaisse le risque de démence par l’amélioration des qualités neurales.
Le Dr. Joseph Coyle, psychiatre à Harvard Medical School commente l’étude en ajoutant que « le cortex cérébral et l’hippocampe, sont critiques pour ces activités et sont remarquablement plastiques, il s’agencent eux-mêmes en fonction de leur utilisation ».

Notre cerveau recrée donc constamment les chemins neuronaux, au besoin. S’il n’en a pas besoin, aucun réagencement ne sera effectué.

le vieillissement et mémoire

Quand les cellules de notre cerveau meurent et les synapses s’affaiblissent avec le vieillissement, des éléments comme les noms des choses ou des personnes s’évanouissent parce qu’il n’y a qu’une seule structure de chemin neuronal connectant à cette information stockée. Si cette unique connexion vers les noms s’affaiblit, nous perdons l’accès à l’information qu’elle relie. Seulement, lors du vieillissement, certaines personnes apprennent à paralléliser les processus, trouvant des synonymes pour contourner le blocage par exemple.

La clé de cette protection contre les effets du vieillissement cérébral sur laquelle s’appuie le Dr Katzman est la complexité de nos synapses neuronales. Le plus étant le mieux dans ce domaine, tout ce qui accroit le nombre de chemin neuronaux est bon à prendre. À l’opposé de cette démarche, il suffit de toujours le même chemin usé encore et encore, avec des modèles de pensée et de vie.

Richard Powers, l’auteur de l’article source de ce billet a étudié les processus de création à Stanford, et nous livre une analogie pour décrire celui-ci :

« The more stepping stones there are across the creek,the easier it is to cross in your own style. »

En version française, nous pourrions traduire cela par :

« Plus il y a de pierres pour franchir la rivière, plus il est facile de rencontrer notre propre chemin »

Cet aphorisme sur la pensée créative nous indique que pour trouver une solution originale ou créative, il nous faut créer le plus de chemins alternatifs vers la résolution d’un problème.

tango thérapie à St Louis depuis 2008

Séances de tango thérapie pour des patients atteints de la maladie de Parkinson à St Louis (US).

Ainsi, quand nous vieillissons, la parallélisation des processus devient de plus en plus cruciale. Dans ce contexte, il ne s’agit plus d’une question de style, mais bien de survie, autrement dit « traverser la rivière par tous les moyens ». La mort aléatoire des cellules cérébrales peut être perçue comme autant de pierres retirées du chemin une à une. Ceux qui ont un seul chemin usé de pierres sont alors complètement bloqués quand seulement quelques pierres sont supprimées. À l’opposé, ceux qui ont passé leur vie à essayer des nouveaux chemins mentaux à chaque occasion, créant une myriade de chemins possibles, possèdent de nombreux chemins restants.

Comme nous le montre l’étude, nous avons besoin de conserver autant de chemins actifs que nous pouvons, tout en générant de nouveaux chemins, pour maintenir la complexité de nos connexions neuronales.

En d’autres termes : votre intelligence – utilisez-la ou perdez là.

Intelligence et mouvement

Que veut dire exactement « intelligence » ? Vous serez certainement d’accord pour dire que l’intelligence n’est pas seulement une mesure chiffrée, avec un nombre de plus ou moins 100 qui lui est assigné. Mais qu’est-ce donc alors ?

Pour répondre à cette question, revenons à la question la plus élémentaire possible. Pourquoi les animaux ont-ils un cerveau ? Est-ce pour survivre ? Non, les végétaux n’ont pas de cerveau et survivent. Pour vivre plus longtemps ? Non plus. De nombreux arbres vivent plus longtemps que nous.

Comme le note le neuroscientifique Robert Sylwester, la mobilité est le centre de tout ce qui est cognitif, que ce soit un mouvement physique ou un déplacement mental d’une information. Les végétaux doivent endurer tout ce qui les entoure, incluant les prédateurs qui les mangent. Les animaux peuvent quant à eux voyager pour trouver de la nourriture, un abri, des partenaires et s’éloigner des conditions les plus défavorables. Puisque nous pouvons bouger, nous avons besoin d’un système cognitif qui peut comprendre les entrées sensorielles et faire intelligemment des choix.

Le sens que nous donnons au mot terme « intelligence » sera certainement différent pour chacun d’entre nous, mais pour la plupart d’entre nous, si la relation stimulus-réponse d’une situation est automatique, nous ne jugeons pas que la réponse requiert notre intelligence. Nous n’utiliserons pas l’adjectif « intelligent » pour décrire une limace, même si elle possède un cerveau rudimentaire. Mais quand le cerveau évalue plusieurs réponses possibles et en choisit une (un choix réel, pas seulement les habitudes de vie), nous appréhendons le processus cognitif comme intelligent.

Empruntons une définition de l’intelligence, empruntée à Jean Piaget :

L’intelligence est ce que nous utilisons quand nous ne connaissons pas déjà ce que nous faisons.

Alors, pourquoi danser ?

Les deux sections précédentes nous amènent à nous poser immédiatement deux questions :
– Pourquoi la danse est une meilleure activité que les autres pour améliorer les capacités mentales ?
– Cette observation est-elle vrai pour toutes les danses ? Ou, certains types de danse sont-ils meilleurs que d’autres ?

Malheureusement, l’étude que nous présentons plus haut ne permet pas de répondre directement à la question, mais nous pouvons la compléter par d’autres. « Intelligence: Use it or lose it » :c’est l’autre étude qui répond à notre première interrogation. Utiliser les résultats combinés de ces deux études nous permet d’avoir une vue plus globale de la situation.

L’essence de notre intelligence, c’est la prise de décision. Le meilleur conseil qui soit, quand il s’agit d’améliorer nos facultés mentales, est de nous impliquer dans des activités qui requièrent une prise de décision en une fraction de seconde, par opposition au « par coeur » (le parcours d’un chemin neuronal déjà bien établi) ou à un travail purement stylistique.

Une façon de répondre à cette exigence est d’apprendre quelque chose de nouveau. Pas seulement danser, mais n’importe quoi de nouveau. Ne vous souciez pas de la probabilité d’utiliser ou non votre apprentissage dans le futur. Prenez un cours pour mettre votre esprit à l’épreuve. Cela stimulera la connectivité de votre cerveau en générant le besoin de nouveaux chemins. Les cours difficiles sont meilleurs pour vous, car ils créent un plus grand besoin de nouveaux chemins.

Maintenant, prenez un cours de danse, qui peut être encore plus efficace : danser intègre de nombreuses fonctions à la fois – kinesthésiques, rationnelles, musicales, émotionnelles – accroissant d’autant votre connectivité neuronale.

Oui, mais quel type de danse ?

Tous les types de danse permettent-ils un accroissement de l’acuité mentale ? Non, toutes les formes de danse ne produiront pas les mêmes bénéfices, particulièrement si elles ne travaillent que sur le style, ou reprennent en permanence les mêmes chemins mémorisés. Devoir réaliser le plus de choix possibles en une fraction de seconde est la clé pour maintenir nos capacités cognitives. Rappelez-vous : l’intelligence est ce que nous utilisons quand nous ne connaissons pas déjà ce que nous faisons !

Nous aurions souhaité que le Albert Einstein College of Medicine ait produit une étude comparative des différents types de danse pour trouver laquelle est la meilleure. Mais nous pouvons déduire par nous même quelques éléments au regard du public étudié : des séniors de 75 ans et plus, à partir des années 80. Ceux qui ont dansé dans cette population particulière étaient donc des danseurs des années folles, d’anciens danseurs de swing. Il y a fort à parier que le type de danse qu’ils exécutaient après leur retraite était celui qu’ils ont pratiqué dans leur jeunesse : une danse sociale libre — foxtrot basique, valse, swing, et certainement rumba et cha cha.

danseurs de bal en 1930 à Paris

Des danseurs de bal populaire dans les années 30.

Pour ceux qui ont côtoyé les séniors de cette époque, vous pouvez certainement vous rappeler de leur style de danse : pas de séquences mémorisées sur la piste, mais une danse sociale décontractée, relativement simple, composée par un guide et un suiveur. Ceci dit, dans la danse sociale n’est pas si simple ! Elle requiert justement une prise de décision en une fraction de seconde, de la part des deux rôles.

Pour mieux comprendre l’importance comparée de la prise de décision dans les danses de société, de compétition ou de scène voici un article anglophone sur les trois types de danse de bal : « three different kinds of ballroom dancing ». Je ne l’ai volontairement pas traduit, histoire de vous donner une occasion supplémentaire de faire travailler vos petites cellules grises !

Arrivé ici, je m’associe à Richard Powers pour clarifier une chose : il n’est pas question de diaboliser les danses issues de séquences mémorisées, ou concentrées sur le style comme les danses dites de standard. Cependant, nous affirmons qu’elles n’ont pas la même influence sur la réserve cognitive, qu’elles possèdent les mêmes qualités de réduction du stress et de maintien cardio-vasculaire que d’autres exercices physiques et permettent le sentiment d’appartenance à une communauté de danseurs. Toutes les danses restent bénéfiques, mais quand il s’agit de préserver ou d’améliorer l’acuité mentale, il y a des formes de danse qui sont significativement meilleures que d’autres. Bien que toutes les danses requièrent une certaine intelligence, nous ne pouvons que vous encourager à utiliser toute votre intelligence en dansant, dans les rôles de guide comme dans celui du guidé. Le plus de décisions à prendre vous pourrez introduire dans votre danse, le mieux cela sera.

Qui en bénéficie le plus, le guide ou le suiveur ?

Dans les danses dites sociales, le rôle de suiveur gagne automatiquement le plus grand bénéfice cognitif, en décidant à chaque instant quelle est l’action suivante, parfois même inconsciemment. Comme mentionné dans l’article suivant, les femmes ne « suivent » pas, elles interprètent les signaux envoyés par leurs partenaires et cela requiert de l’intelligence et une prise décision qui est active (non le rôle de guidé n’est pas passif…). Ces bénéfices sont grandement accrus en dansant avec de nombreux partenaires. Avec des partenaires différents, vous devez bien plus vous ajuster et être attentives à plus de variables. Cela est parfait pour rester intelligent plus longtemps !
Rassurez-vous chers guides, vous pouvez aussi atteindre le degré de prise de décision de votre partenaire SI vous le choisissez.

Voici comment :

  • Soyez réellement attentifs à votre partenaire et à ce qui fonctionne le mieux avec lui/elle. Notez ce qui est confortable pour cette partenaire, ce qu’il réalise déjà, quels signaux sont probants avec elle et ceux qui ne fonctionnent pas et adaptez votre danse constamment à ces observations. Il y a là matière à prendre de nombreuses décisions rapides !
  • Ne guidez pas les mêmes séquences de la même façon à chaque fois. Mettez-vous au défi d’essayer de nouvelles choses à chaque fois que vous dansez. Prenez plus de décisions et plus souvent. L’intelligence : utilisez-la ou perdez-la…

Le bénéfice énorme est clair : vos partenaires prendront beaucoup plus de plaisir à danser avec vous quand vous êtes attentifs à leurs danses et constamment en ajustement pour leur confort et la fluidité du mouvement. D’ailleurs, vous prendrez aussi plus de plaisir.

Vers un engagement total

Ceux qui utilisent totalement leur intelligence dans la danse, à tous les niveaux, aiment ce ressenti. La spontanéité du guidage et du suivi sont tous les deux impliqués dans cet état de réceptivité total. Les deux rôles bénéficient ainsi de cette attention hautement active à de nouvelles possibilités.

C’est d’ailleurs la définition la plus succincte que nous pourrions garder pour l’intelligence dans la danse : une attention hautement active à toutes les possibilités.
C’est certainement un des plus beaux idéaux que nous pouvons partager dans un couple de danse : être finement « réglé » sur un ici et maintenant dans une réactivité tout en détente.

Les meilleurs guides apprécient toutes les options qu’un suiveur doit considérer chaque seconde, respecte et apprécie les apports du suiveur dans cette collaboration entre deux partenaires de danse. Quand cette attention active aux multiples possibilités, à la souplesse du mouvement et un état d’alerte tranquille sont perfectionnés dans l’art de la danse de couple, les danseurs trouvent la danse encore plus bénéfique dans leur relation et dans la vie de tous les jours.
Dansez maintenant et souvent !

Pour revenir à notre première étude, elle montre aussi une chose importante : il nous faut danser fréquemment. Les séniors qui ont réalisé des mots croisés quatre fois par semaine ont un risque notablement plus faible de risques de démence sénile que ceux qui le faisaient une fois par semaine. Il en va de même pour la danse !
Si vous pouvez prendre des cours ou danser quatre fois par semaine, alors danser autant que vous le pouvez. Le plus est le mieux en la matière.

Et maintenant, le plus vite est le mieux. Il est essentiel de commencer à construire votre réserve cognitive dès aujourd’hui. Un jour, vous aurez besoin d’autant de pierres que possible pour traverser la rivière. N’attendez pas, construisez vos chemins dès maintenant !

Ce billet est issu d’une traduction librement adaptée de l’article « Use It or Lose It: Dancing Makes You Smarter » par Richard Powers (disponible à l’adresse http://socialdance.stanford.edu/syllabi/smarter.htm



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