Sélectionner une page

Il y a quelques semaines je commençais une série d’articles dédiée à l’exploration – militante – d’une approche pédagogique du tango argentin plus globale, nous voilà arrivés à la fin du chemin.

Si vous avez manqué le début

Dans un le premier article, j’ illustrais par un exemple des enseignements prodigués à nos musiciens classique la diversité des savoirs nécessaires à la formation de l’artiste dans une volonté d’émancipation du rapport à élève professeur. Dans le second volet de cette série, je me suis pris à rêver d’une école idéale du tango, regroupant danseurs, praticiens des techniques holistiques, musiciens et musicologues pour créer un réel environnement d’apprentissage. Nous y discutions aussi de l’impossibilité pratique de créer une telle école devant la minorité des danseurs conscients des enjeux , autant que les imbroglios administrativo-politiques qui empêchent la reconnaissance de notre danse comme art à part entière en France. Au point où nous sommes arrivés, nous avons donc créé virtuellement une école et ses quelques pôles d’activité sans trop avancer dans les stratégies d’enseignement à mettre en place, nécessairement constructivistes.

Pourquoi de ne pas être allé plus loin ? Force est de constater que même si de telles structures voyaient le jour, le nombre d’intervenants compétents pour les animer est bien faible…

l’exemple du D.E.

Une très chère amie professeur de danse classique me lançait à la cantonade il y’a quelques jours au sujet des écoles de danse qui poussent comme des champignons à la rentrée scolaire : « J’ai quand même passé le D.E. !». Pour ceux qui ne le savent pas, l’enseignement de certaines danses est en France contingent à l’obtention d’un diplôme d’état. Pourquoi ? Parce que notre Etat bienveillant a conclut dans sa grande sagesse que l’on ne pouvait laisser n’importe qui exercer une activité qui, mal conduite, pourrait détruire la santé de nos jeunes bambins. Et mon amie de renchérir « quand certaines gamines arrivent de l’école XXX, elles ont un début de cyphose… »

Mes habituels détracteurs de « la danse du samedi soir » me reprochant l’excès de sérieux de ce blog (!?) devront bien admettre que dispenser un atelier d’éveil corporel à des gamins de six ans n’a rien d’athlétique, scénique ou professionnalisant. Regrettons quelques instants que l’intermittente sagesse du Ministère ne se soit pas étendue à l’enseignement de toutes les danses par un tronc commun à minima.

Parce que si nous dansons différemment, nos corps eux sont bien les mêmes et peuvent souffrir des mêmes maux…

Qu’est-ce qu’un diplôme d’état de danse ?

C’est un diplôme qui sanctionne la capacité d’un individu à enseigner et se compose comme suit :

Première étape l’examen d’aptitude technique :

« L’inscription à la formation au diplôme d’état est soumise à l’obtention préalable de l’examen d’aptitude technique (EAT). Cet examen permet de vérifier que le candidat possède les compétences techniques et artistiques requises pour aborder la préparation au DE. »

  • Les épreuves de l’EAT consistent en :

  • une variation imposée (1min30s à 3min) : coefficient 3 ;

  • une composition personnelle (1min30s à 3min) : coefficient 2 ;

  • une improvisation (30s à 1 min) : coefficient 1.

  • Un entretien avec le jury porte sur l’ensemble des épreuves. Ce dernier permet au candidat de préciser sa prestation et ses propositions. Durée totale des épreuves : 15 min.

Deuxième étape : la formation au diplôme d’état

Accrochez-vous, ça va swinguer ! Le Diplôme d’État de Professeur de Danse est composé de 4 Unités d’Enseignement, pour une durée totale de formation de 600 heures minimum :

  • Formation musicale : 100 heures

  • Histoire de la Danse : 50 heures

  • Anatomie Physiologie : 50 heures

  • Pédagogie théorique et pratique et analyse du mouvement : 400 heures

Le cursus des études et des examens est, en général, organisé sur deux années universitaires. L’U.V. de pédagogie ne peut être présentée qu’une fois obtenues les 3 autres U.V.

Tout cela ne vous rappelle rien ? Si bien sûr que si, cela fait trois articles que je vous bassine avec la transversalité nécessaire des compétences pour l’enseignement. À cela, vous pourrez ajouter une formation initiale du danseur des plus sélectives et les innombrables stages de formation qu’un professeur suivra tout au long de sa vie pour maintenir ses connaissances à jour ou s’ouvrir à d’autres disciplines ou publics.

L’échec du D.E. dans la pratique

Ce formalisme n’a pas que des avantages, loin de là. Il est coûteux en temps et en argent, assez exclusif puisqu’il n’offre pas de possibilité de le décomposer en capacités à enseigner en fonction des niveaux des publics auxquels on s’adresse (jeunes, seniors, professionnels…). Le résultat d’une telle politique atteint donc très partiellement ses objectifs puisque de nombreux de cours de danse sont dispensés par des enseignants non diplômés y compris dans les domaines académiques (danse classique, jazz ou contemporaine). En fait, la majorité des associations emploie aujourd’hui des animateurs non titulaires du D.E., alors que toute activité professionnelle sur les domaines académiques enseignés est encadrée par la loi. Le coût de la formation est aussi un frein important pour de jeunes danseurs et chorégraphes qui se retrouvent par la même bloqués dans leur évolution de carrière. C’est toute la communauté des danseurs qui en pâtit, avec des risques de blessures accrues et des cours ne délivrant pas les standards en vigueur.

Une formation spécifique au tango ?

Devant l’inadéquation de la formation d’état et surtout un « marché » du tango aussi ridicule en taille, il serait totalement imbécile de penser reproduire un formalisme de formation à l’identique, n’ayant lui-même pas rempli ses objectifs.

Seulement, il me semble qu’à minima nous devrions exiger de nos enseignants qu’ils puissent suivre quelques unités de valeur pratiques et pédagogiques en commun avec d’autres danses. Il faudra d’ailleurs un jour barrer définitivement la route à un certain discours trop souvent entendu et qui explique que le tango est si différent des autres danses qu’il ne peut être enseigné/étudié que dans un cadre particulier (et par des argentins uniquement bien sûr 😉 ).

les basiques du tango sont les basiques des toutes les danses et activités physiques !!!! Le tango est fondamentalement une marche (tarte à la crème que tout le monde radote et personne n’applique…). Est-ce donc si exclusif de toute autre matière ? Son enseignement revêt-il un caractère si différent que l’on exclue a priori toute formation pédagogique académique ?

Suite dans la deuxième au prochain article…

Shares
Share This
X
X