Sélectionner une page

Histoire que vous ne perdiez pas votre temps dans le tango argentin…

« Le tango pour tous », un titre bien racoleur n’est-ce pas ? Non, je ne suis pas tombé dans l’escarcelle stigmatisante de la manif pour tous pas plus que dans le marketing du tango queer. Chers lecteurs, depuis un an que ce blog existe vous conviendrez qu’il n’a jamais été pour moi question de fermer les portes à qui que ce soit dans le monde du tango, dès le moment où la démarche d’apprentissage ou d’enseignement est sincère. Cette dernière remarque transcende évidemment toutes les questions d’orientations sexuelles ou autres segments qui chercheraient, une fois encore, à diviser notre bien trop petite communauté.

Seulement, depuis maintenant une dizaine d’années que je m’exerce, il faut reconnaître que j’ai vu passé du monde, dans mes cours ou ceux de mes confrères et il faut bien admettre que le tango n’est pas une activité qui sied à tout le monde. Une fois clarifié le hiatus entre un tango de salon européen qui n’a plus en commun avec son pseudo ancêtre argentin que le nom, une fois rétablie la question de l’essence d’une danse improvisée qui n’est pas l’apanage de la guinguette à mémé et foutue dehors la représentation scénique d’un danse avec les stars qui ne fait que trahir chaque semaine un peu plus l’idée d’une expression au-delà de la performance physique, il ne nous reste que peu monde présent dans les effectifs initiaux de nos cours de début d’année. Le tango pour tous est alors une belle illusion…

Combien de fois avons-nous, professeurs ou animateurs, hésité à accueillir dans nos salles une personne exprimant le désir d’apprendre le tango ? Par ce que cet apprentissage, cette profonde exploration de soi, à vrai dire un chemin de vie pour les plus accrocs d’entre-nous, a certainement l’air fort sympathique vue de la position du profane, il n’en est pas moins un véritable engagement pour les deux parties. Oui, le tango a l’air sympa et sexy, assez facile même pour un oeil non exercé, et je ne remettrai pas en cause ici les deux premiers aspects. À ce sujet, on notera quelques couples qui sont de moins en moins sympas à force de vouloir la jouer de plus en plus sexy…

Certains prennent le tango pour un hobby et c’est parfait en soi, mais la réalité du terrain est souvent assez différente. Le tango peut certes devenir un véritable objet d’addiction vous prenant temps et énergie pour à jamais modifier votre être profond. Il faut cependant être prévenu dans ce cas de quelques menues problématiques accompagnant cette nouvelle activité.

Vous allez bouffer de la technique ! (ho oui…)

Si vous aimez le coupage de cheveux en douze, les nuances subtiles d’appréhension du mouvement, la précision rythmique, bref l’exploration à tout va à un niveau de détail sans précédent : allez-y vous allez adorer. Soyons honnêtes avec nos élèves, même les plus acharnés et doués n’ont pas brillé en bal avant une première année bien accomplie et pour la moyenne d’entre eux, deux à trois ans. Cela n’empêche absolument pas de prendre plaisir à danser dès les premières séances, mais le néophyte ne doit pas s’attendre à des miracles : le tango argentin est l’une des danses les plus difficiles à maîtriser qui soit et sans technique il n’y aura pas de progression valable. Ne vous attendez donc pas à des progrès express sans un nombre de sessions d’apprentissage minimal (une cinquante en cours collectif en ce qui me concerne). Sans être caricatural, si cela vous semble facile dès le début, c’est certainement que n’avez pas encore compris l’ampleur des possibilités d’un geste. Ce n’est peut-être pas pour rien que votre serviteur remet encore sa marche en cause chaque semaine…

C’est coûteux (souvent)

En ce domaine tout est relatif, mais dans le cas général, ne vous attendez pas à grand-chose venant d’un animateur bénévole retraité, dont je salue tout de même la volonté de diffusion de notre danse au passage. Petite note pour les futurs élèves, le prix d’un cours est loin d’être fonction de la qualité : le monde de la danse regorge d’associations ne réglant aucune charge, mais faisant payer les mêmes tarifs que les professionnels déclarés. Un autre conseil pour la route : fuyez les professeurs multi-danses, il est difficile de se consacrer à autre chose que l’enseignement du tango argentin quand on y met son coeur.

À cela vient s’ajouter la tenue nécessaire après quelques mois de pratique, permettant d’assurer au mieux l’apprentissage : chaussures, pantalon ou robe permettant des mouvements amples. Les droits d’entrée dans les milongas et pratiques ne sont pas non plus à négliger. Bref, on est loin des soirées salsa en jean et t-shirt avec entrée gratuite et consommations à prix standard. On ne parlera pas ici des leçons privées qui permettent de progresser à une vitesse exponentielle, mais dont les coûts sont à la hauteur du résultat.

C’est un engagement de long terme (toujours)

Notre cerveau a beau être un formidable outil d’une plasticité peu commune, il lui faudra non seulement des répétitions, mais un temps d’engagement suffisamment long pour que l’interrupteur du « tango facile » se déclenche. Le kilométrage est certes important, mais il faut aussi donner le temps au temps. Le temps pour que les schémas moteurs appris séparément prennent le chemin de l’organicité et donc de la généralisation du chemin neuronal. Il faut du temps aussi pour que le corps trouve ses repères, certaines vascularisation ou exploration des limites articulaires doivent être effectuées dans une progression lente, millimètre par millimètre parfois, pour ne pas engendrer de traumatisme.

L’intimité s’apprivoise aussi (ouch…)

Si vous n’êtes pas issu(e) d’une culture latine où se prendre dans les bras en toute occasion est la moindre des expressions d’affection ou même de politesse, cette partie de l’exploration du tango vous prendra du temps aussi. Je me rappelle mes jeunes années avec beaucoup de moquerie sur moi-même, le petit taiseux du Pas de Calais pour qui travailler en « fermé » était simplement hors de question. Heureusement le petit taiseux s’est soigné (déjà il n’est plus très taiseux vous avez remarqué…) et il adore ça maintenant. Encore une fois, il vous faudra vous mettre hors de votre zone de confort pour acquérir cette capacité.

En guise de conclusion

Une phrase (un poncif éculé à vrai dire…) souvent répétée dans le monde tango est que «le tango vient à celui qui en a besoin». Le tango nous trouve plus que nous le trouvons sur notre chemin. Je n’aime pas ces phrases toutes faites dignes du rayon développement personnel de la FNAC, mais il faut reconnaître que nous croisons chaque semaine en milonga des hommes et des femmes qui ne pourraient plus vivre sans leur dose de tango et pour qui le virus contracté relève de l’accident de parcours.

Êtes-vous prêt(e) à parcourir un chemin d’exploration sincère qui à qui vous donnerez du temps, de l’énergie et des ressources financières ? Un chemin qui vous confrontera à vos peurs, à vos impossibilités, et peut-être vous donnera les moyens de les surmonter tout en vous offrant des moments de plaisirs, des shoots d’adrénaline, des rencontres insolites. Si oui, foncez et testez tous les cours proches des chez vous. Sinon, allez à la Kizomba, c’est bien aussi… (seconds degrés…)

Shares
Share This
X
X