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Expérimentons ensemble !

Accordez-moi cinq minutes pour une petite expérience rythmique. Accroc au tango, je suis persuadé que vous avez sous la main une vidéo de votre démonstration préférée. Sinon, je vous propose cette valse parmi des milliers d’autres.

Que pouvez-vous dire de cette danse ? Pourquoi vous plaît-elle autant ? Il y a fort à parier que ce ne sont pas les mouvements en soi qui vous attirent, mais bien le jeu de tension/relâchement, les variations d’intensité et d’amplitude dans l’exécution qui vous touchent. Après tout, le « répertoire » des pas du tango n’est pas si important que ça, particulièrement en bal. Vous m’accorderez donc que c’est le rythme qui organise ces mouvements qui rend chacune de ces interprétations uniques, entre quelques autres facteurs.

Maintenant, à vous de jouer !

Prenez la première séquence de pas qui vous vient à l’esprit, la plus simple possible. Pour cette fois, une Salida fera l’affaire ! Exécuter là de la façon la plus basique qui est : chaque pas sur le temps à amplitude égale. Puis, introduisez quelques variations rythmiques, prenez deux temps pour un pas par exemple ou ajoutez un contretemps par-ci par-là et, pourquoi pas, une syncope ou un quart de temps (vous êtes de grands fous n’est-ce pas?). Faites le plusieurs fois en essayant de changer le motif rythmique à chaque fois et surtout d’alterner les motifs (pitié, pas de « lent – lent – vite – vite – lent »). Il y a fort à parier que si votre répertoire rythmique est restreint, la simple introduction d’une variation vous aura fait découvrir de nouvelles sensations pour ce pas qui pourrait pour le moins sembler (très) rébarbatif au départ.

Première conclusion de notre toute petite expérience : considérer un pas (une géographie) indépendamment de ses variations d’exécution, amplitude comme vitesse, est une réduction qui non seulement rend la danse monotone, mais aussi limite le répertoire des sensations qui lui sont associées. Ainsi, l’absence de variation rythmique est un frein très net à la progression des danseurs de tango dans leur technique.

Pourquoi introduire l’étude spécifique du rythme dans les cours de tango?

La question pourrait paraître saugrenue au premier abord, puisque nous dansons sur une musique et donc des rythmes. Pourtant rares sont les cours qui abordent ce sujet… Sans rentrer dans un cours de musicologie, rappelons que les formations orchestrales du tango n’ont jamais intégré de section percussive, les rythmes sont donc répartis sur tous les instruments avec une prédominance de l’accompagnement rythmique par la contrebasse et le piano. Bien souvent ce sont les structures mélodiques elles-mêmes du tango qui marquent les temps forts et faible de notre marche préférée. Rappelez-vous « la Yumba » par exemple. En clair : pas de rythme, pas de tango !

Des possibilités d’interprétation décuplées

Rappelons ici encore que le tango est une danse improvisée ! Pour improviser au mieux, nous avons besoin de répertoire de mouvements certes, mais surtout de pouvoir adapter ceux-ci au contexte, qu’il soit musical, spatial, émotionnel. En ce sens, élargir le répertoire rythmique du danseur lui offre de nouvelles possibilités de choix et fait potentiellement de lui un meilleur interprète.

Un guidage plus précis

C’est une lacune mainte fois observée chez les danseurs de tango en bal, les danseurs se restreignent souvent à la dimension rythmique de leurs propres pas et en oublie la rythmique propre au guidage de leur partenaire. Ils ont bien conscience que le guidage au sein du couple nécessite de l’anticipation, mais cette dernière reste souvent « flottante », rarement précise dans le temps. Pourtant, il est clair que le guidage doit s’inscrire lui aussi dans un espace temporel particulier, souvent plus court que le mouvement guidé, parfois à contretemps de la marche ou sur des appogiatures du temps. Cette dimension est très souvent absente des cours de danse et pourtant elle est un facteur de progrès indéniable de la formation des danseurs.

(Re)Trouver l’inspiration

C’est un syndrome bien connu de tous et dans toutes les disciplines, dès lors que l’apprentissage est axé sur la prépondérance de la répétition : la page blanche. Ne vous est-il jamais arrivé dans un bal ou une pratique d’avoir la sensation de vous répéter sans fin, d’être « sans jus » ou de ne pouvoir sortir d’un cadre devenu trop familier ?

À l’instar du petit exercice que je vous ai proposé au début de cet article, introduire des variations rythmiques et de tempo dans votre danse est un moyen parmi d’autres de sortir de ce cycle infernal. L’infinité des combinaisons rythmiques que vous pouvez appliquer à des mouvements basiques rafraîchira votre approche de la danse, sans chercher bien loin au final. Le travail au ralenti est aussi un moyen de trouver de nouvelles possibilités chorégraphiques.

Un chemin vers la virtuosité

Si certains danseurs de bal sont en démonstration permanente sur la piste, il faut reconnaître que les fondations de leur technique ne sont pas souvent à l’avenant. Pourtant, la virtuosité, ça se construit… et essentiellement avec des combinaisons rythmiques. Notamment, en alternant des points d’appui lents et des suites de mouvement rapides, en jouant souvent avec les inversions des motifs, il est possible de créer de nouveaux chemins neuronaux pour une meilleure coordination globale du mouvement. Cette méthode par variation rythmique est nettement plus efficace que la répétition infinie ( et abêtissante) de la même structure en augmentant la vitesse du métronome (dont je déplore au passage l’absence quasi systématique des cours de danse). Croyez-moi, quand on a bouffé comme votre serviteur des gammes pendant 20 ans, on a deux ou trois expériences vécues sur le sujet des exercices de virtuosité. À l’extrême inverse, ralentir un mouvement au maximum est un excellent travail pour l’isolation musculaire, l’effacement des gestes parasites, la juste décontraction et l’acquisition d’un meilleur équilibre…

Donner de la matière à notre cerveau

Très simplement, comme vous avez pu le lire dans un autre article du blog, plus nous avons de choix possibles à réaliser dans une fraction de seconde, plus la pratique de notre danse renforce le nombre de chemins neuronaux disponibles, profitons-en !

Post-scriptum :

J’entends souvent parler d’arythmie, fréquemment pour excuser une absence de précision. Bien que cette affection existe bel et bien, l’arythmie une véritable pathologie. Cependant, elle est si rare qu’il est extrêmement probable que vous n’en souffriez pas. Notre marche quotidienne est déjà un geste extrêmement rythmé. Le rythme est un apprentissage comme un autre ! Ne confondons pas paresse et maladie…

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