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J’inaugure avec ce premier écrit une série d’articles destinée à aider les danseurs dans leur processus d’apprentissage. J’essaierai de les rendre aussi courts que possible pour qu’ils puissent être consultés comme des petites cartes à jouer – à danser – dans nos cheminements quotidiens.


Il y a quelques jours, quelqu’un m’a demandé : comment pourrais-tu définir ton métier en quelques mots ? Je m’en suis trouvé un peu interdit. J’aime tout de même à penser qu’une tentative de définition minimaliste pourrait, plutôt que de restreindre le champ des possibles, m’aider à donner une trame cohérente à cette nouvelle série d’articles.


«Encourager la communication des corps dans espace-temps défini», voilà la première définition qui me vient à l’esprit.


Première remarque, il n’y a ni mention du Tango en temps que discipline spécifique, ni même d’un couple, sans parler de styles musicaux ou langages chorégraphiques restrictifs. Effectivement, plus le temps passe et moins je ressens le besoin de caractériser ma pratique comme irrémédiablement liée à l’esthétique du tango argentin. Et pour cause : les outils du tango moderne dépassent de loin les frontières de sa culture d’origine et ne cessent, pour le bien et pour sa survie, de piocher dans toutes les disciplines connexes pour mieux se nourrir.


Après ces quelques lignes, j’ai l’impression de vous laisser dans une certaine obscurité, mais le mystère se lèvera à la mesure de la lecture j’espère, si vous choisissez de m’accompagner dans les semaines à venir. Au moins sait-on que nous parlerons des corps, de leurs relations, des espaces qu’ils investissent et du temps qui leur est donné, dans la danse, mais pas seulement.


Du temps


Bien que la physique nous enseigne que le temps ne peut se soustraire au concept de matière (et donc des corps et de l’espace), commençons par parler un peu de la dimension temporelle de notre danse et de son exploration, dans un joyeux fourre-tout.


Le temps qu’il nous manque et le temps que l’on se donne


Un des premiers freins à la progression que j’observe depuis que j’enseigne la danse et le peu de temps qui est donnés au travail « à la maison». À mon grand étonnement, je croise encore de nombreux adultes qui, indépendamment des objectifs qu’ils se donnent, pensent que la simple présence en milonga ou la participation à un cours hebdomadaire satisfera à terme leurs exigences. Évidemment, ceux-là font rarement de vieux os dans le monde du bal…

Sans vouloir imposer un effort d’apprentissage digne des élèves les plus zélés des conservatoires, il faut quand même que je vous rappelle ici que la mémoire est une fonction de la fréquence et de la récence de la présentation de l’information. En pratique : chaque moment sur et en dehors du parquet est une possibilité d’amélioration. Espérer apprendre une langue étrangère en une heure par semaine ne viendrait pas à l’idée de l’homme de la rue, mais quand il s’agit de discipline artistique, le sens commun semble s’évanouir.


Pour ceux qui seraient déjà convaincus de la nécessaire dédication minimale à l’apprentissage, je me vois objecter le manque de temps disponible. Pourtant, comme vous, j’ai une vie et des impératifs, cela ne m’empêche pas de mettre chaque jour un peu de tango dans celle-ci. Il y a là deux choses à se dire : d’une part, «choisir c’est renoncer !» ; pour faire de la place au tango, il faudra certainement faire le ménage dans d’autres activités ; d’autre part il n’est pas nécessaire de disposer de grandes plages de temps disponibles pour s’offrir des moments d’apprentissage.


Il est toujours plus utile de se donner un peu de temps chaque jour, même cinq minutes, que de penser «rattraper» le temps perdu dans une grande séance de travail. Un exemple flagrant concerne la question des étirements ou du renforcement posturale : à quoi bon se donner une ou deux heures  consécutives sur le sujet si dix minutes journalières vous donnent de meilleurs résultats ?


Alors, quand trouver les cinq ou dix minutes qui nous manquent quotidiennement ? Pour cela, il nous faut créer des habitudes, le mieux étant de le lier notre objectif avec une habitude déjà ancrée. Ne vous brossez-vous pas les dents deux fois par jour ? Voilà une bonne occasion pour travailler sa proprioception : brossez-vous les dents sur un pied, et pourquoi pas les yeux fermés. C’est un premier challenge qui ne coûte pas une minute. À la sortie de se premier «exercice», deux ou trois étirements globaux ne vous coûteront qu’un instant et installeront une première habitude constructive. Pourquoi ne pas utiliser les rituels du lever et du coucher pour faire de même.


Le temps passé dans les transports en commun est aussi un bon moyen d’observer le corps, la respiration. Aller chercher le pain, les enfants à l’école, faire les courses : voilà autant d’occasions d’observer sa marche, son alignement et sa relation à l’espace. Vous voyez le temps disponible n’est pas si compliqué à trouver que cela.


le temps de pratique est nécessaire, j’insiste au risque de paraître borné… Combien de stage ou de cours, dont les contenus vous ont plu, vous ont été totalement inutiles faute d’exploration dans les jours et semaines qui ont suivis. Faîtes fructifier le temps et l’argent investis et ne remettez pas au lendemain une possibilité de répéter. Vous ne le regretterez pas.


Voilà pour ce tout premier article que je vous avais promis court !  

Je vais même vous en faire une synthèse en trois phrases : 
1. Plutôt court et fréquent que long et éloigné
2. Il y a toujours des espaces disponibles
3. On ne reçoit rien sans donner


ps : ce premier article vous plaît-il ?  Dites-le moi et surtout, partagez le !

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