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C’est un court billet que je vous livre aujourd’hui, un tantinet épuisé par un retour aux affaires des plus chaotiques. Cependant, je voulais prendre un instant pour partager avec vous mes sentiments devant une situation pour le moins inquiétante.

Ici, on lave plus blanc que blanc !

En cette rentrée 2016, j’assiste totalement médusé à l’organisation d’une multitude de stages, ateliers, workshop en tout genre. On met ici en scène les Argentins de service, là un orchestre « live » (perdoneme, una orquesta tipica en vivo). Il n’y a plus autour de moi que des maestros. Le petit artisan de la danse que je suis voit se vanter ici la posture des uns ou là la musicalité des autres. On y adjoint traditionnellement sa charte graphique la plus dénudée et surtout la plus époumonée par attirer le chaland. On n’oublie pas non plus la petite mention marketing « puro argentino » la plus exceptionnelle, les titres internationaux de concours plus au moins pipotés dans une débauche continue de superlatifs.

Enough is enough !

Nous voilà rendus dans la grande course à l’échalote du tango argentin. En un streisandsummermois, ce n’est pas moins de 20 stages de ce type que j’ai vu organisés (et parfois annulés) dans un rayon d’une heure de chez moi. Seulement, dans ce même périmètre, il y a, à vue de nez, moins de 500 danseurs, tous niveaux et toutes motivations confondus !

Comment peut-on venir se plaindre ensuite d’une dissolution des publics dans un tel contexte, des plus ridicules ?

Petit rappel sur cette merveille d’expression populaire « la course à l’échalote » qui me sert de titre pour ce billet d’humeur. Selon mon dictionnaire le terme se définit soit par l’épreuve, dans un joli glissement sémantique où l’oignon est synonyme d’anus, soit par la poursuite, où il s’agira de « courir au cul de quelqu’un ». Enfin, l’expression caractérise aussi la surenchère mutuelle sur un sujet afin de capter des faveurs ou des électeurs. La situation actuelle culmine dans les trois acceptions du terme où les danseurs doivent subir l’épreuve des surenchères de communication, poursuivis par les professeurs et organisateurs.

N’avez-vous pas l’impression d’oublier l’essentiel ?

Cette question s’adresse plus particulièrement à mes pairs présidents d’associations et organisateurs d’événements. À trop vouloir mettre en avant une supposée spécificité d’un organisme et se concentrer uniquement sur les niveaux supposés les plus élevés de notre danse pour des raisons d’image, à trop vouloir prendre la part la plus grande du gâteau, n’avez-vous pas l’impression que l’on oublie de faire grandir ledit gâteau ?

Bon sang ! Ne voyez-vous pas qu’une communauté qui ne se renouvelle pas est une communauté moribonde ? Et si nous nous adressions un peu plus aux non-danseurs, aux néophytes, aux débutants en multipliant les initiations par exemple ? En créant des ponts entre les structures et les autres danses ?

Il est sûr que prendre son bâton de pèlerin demande une bonne dose de courage, de persévérance, d’abnégation et surtout d’autodérision à l’écoute des paroles du quidam. Cependant, à tous ceux qui ont érigé leurs associations sur des objectifs d’action culturelle et de diffusion au plus grand nombre, je ne vois en proportion que bien peu d’actions qui vont dans ce sens. Je loue ici tous les animateurs bénévoles et les professionnels qui ont l’humilité de jouer ce jeu.  Peut-être me direz-vous que ces derniers sont plus passionnés qu’intéressés…

Que faire ?

Encore une fois, la balle est dans le camp des individus de bonne volonté. Il ne tient qu’à nous de continuer à promouvoir le tango au plus grand nombre et faire fi des attitudes grotesques et de tous les étiquetages que cette danse subit auprès du grand public.

Pour ma part, je modifierai le programme des activités pédagogiques de l’année en conséquence sur mon territoire de référence. J’espère que d’autres prendront acte pour sortir de cette situation avant que l’oignon ne nous pique trop les yeux !

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