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Diantre ! Encore un article de bobo-islamo-gauchiste-libertarien-végane à la solde du lobby LGBTQIA2+… Alors déjà, oui, je suis pour le dégenrage des rôles (1,2,3… 21ième siècle, ah oui quand même hein ?) et je tente, avec certaines difficultés de faire comprendre à mes cher(e)s élèves qu’ils devraient s’intéresser un peu plus à la question du double rôle s’il veulent progresser dans ce long, mais réjouissant chemin qu’est l’étude du tango.

Attendu, mon(ma) chèr(e) élève, que tu as bien saisi qu’il est aussi utile pour la formation moderne du danseur de tango social – donc improvisé – d’apprendre des séquences par coeur que pour un dessinateur de réaliser des peintures au numéro, l’exploration de ton tango te ramène irrémédiablement à la question d’une communication efficace à deux corps silencieux.

Pour cela, tu as nettoyé tes mouvements, rechercher l’organicité, explorer la question de ta relation au sol, les rythmes, différencier tes déplacements et guidages, expérimenter les différents niveaux d’attentions, d’abrazo, d’énergie, appris à laisser du temps à ton partenaire. Bref tu as déjà parcouru un sacré bout de ce chemin, sans fin, qui t’amène à mieux partager et interpréter la musique à deux.

Tu cherches à concrétiser ce dialogue à deux corps qui nous est si souvent vanté, mais se limite trop souvent à une communication à sens unique… Merci de m’accompagner dans cette voie ! Pourtant, quand je t’ai suggéré de changer de rôle pour comprendre ce qu’il se passe de l’autre côté de l’abrazo tu m’as regardé d’un air goguenard(e) et tu m’as répondu d’un diplomatique «oui, plus tard !»

Tu as entendu parler des notions de guidage en retour ou de double guidage, ça t’intéresse, tu te dis que peut-être il y a là une étape, une solution à cette frustration de ne pas atteindre LA connexion, mais quand même… J’imagine que pour toi, changer de rôle, c’est l’impression de repartir de zéro, de régresser peut-être sur tes acquis et d’être étiqueté dans ce milieu -si bienveillant !- de la milonga. Alors mon petit agneau (oui c’est comme ça que je vous appelle), laisse-moi de dire encore à quel point ce choix pourrait changer ta danse à mes yeux.

Ma première objection à ton refus est théorique, comment un danseur s’investissant avec un minimum de sérieux peut continuer at vitam eternam à se limiter à la seule compétence d’encodage d’une information (le rôle primaire du guide), ou du décodage de celle-ci (rôle primaire du suiveur) dans la conception traditionnelle du couple de danse et prétendre comprendre pleinement un processus de communication ?

Plus pratiquement, n’as-tu pas vu au dernier bal ces guides marionnettistes qui poussent la manipulation de leur partenaire à l’extrême, faisant pâlir de jalousie un déménageur agréé déplaçant son armoire normande ? Penses-tu que si une seule fois au moins ils avaient vécu cela de l’autre côté de l’abrazzo, ils pourraient encore guider ainsi ? Dans une mesure moins caricaturale, un danseur qui aurait eu à subir un guide qui ne laisse aucune place, aucune autonomie, aucune interprétation pourrait-il ensuite revenir à pratiquer un tel monologue ? Plus simplement encore, est-ce que l’échange de rôle ne te permettrait pas d’identifier les mouvements qui «grattent un peu» ?

Ne serait-il pas utile à une personne habituellement guidée de prendre la mesure des possibles initiatives que lui laisse un guide, de la diversité des guidages, de l’adaptation permanente aux corps, aux caractères, bref aux individualités et d’être active dans un rôle trop souvent cantonné à la décoration. Voilà pour les aspects pédagogiques.

Tu pourrais aussi être maître de ton bal, libéré des contingences de la parité. Libre aussi de choisir selon ton humeur. Trop de guides, de guidé(e)s, envie de lâcher prise, et hop, changement de rôle et c’est reparti. Qui n’a pas passé une soirée à faire tapisserie en bal lève la main !!!!

Alors oui, ce travail requiert quelques efforts et l’humilité de repartir «d’en bas», mais quels facteurs de progressions s’offrent à nous dans cette nouvelle voie ! Quel bonheur d’avoir la sensation de devenir un danseur complet ! De passer en quelque sorte à un rendu stéréophonique, de commencer à toucher de doigts un véritable dialogue, empathique.

Et le plaisir bon sang !!! , par ce qu’à la fin, c’est aussi de cela que l’on parle. Est-il inconcevable de prendre du plaisir dans cet univers si éloigné qu’est l’autre rôle, pourtant distant d’un abrazo. Si proche, si loin… Allez, tente le coup, persévère, tu verras qu’il y a tellement de choses à découvrir et de moments à partager.

Et puis, un jour peut-être, au hasard d’un bal, tu rencontreras ce partenaire avec qui les rôles s’effaceront, ou les propositions s’échangeront, sans convention ni prérequis.

Et tu seras un tanguero, une tanguera, mon petit agneau.

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