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Un plaidoyer pour l’innovation pédagogique dans le tango !

Vous rappelez-vous ces exercices aussi répétitifs que barbares que l’on vous forçait à faire à l’école ? Certes, ils furent formateurs pour certains d’entre nous, pour une minorité si j’en juge la prose de nos contemporains sur les réseaux sociaux.

– Qui se souvient de la conjugaison de l’auxiliaire « être » au subjonctif plus-que-parfait ?

Vous non plus ? Vous pouvez donc continuer à lire.

De mon point de vue, Personne ne souhaite revivre ce même enfer dans la danse, en répétant inlassablement la même Salida (un « pas de base » du Tango) pendant six mois, un an parfois…et pourtant nombreux sont ceux qui acceptent de s’exécuter, et pire, d’enseigner encore ainsi. D’évidence c’est ennuyeux et notre cerveau déteste la frustration. Rappelons ici que nous ne dansons pas qu’avec nos jambes, mais avec notre cerveau, organe piètrement utilisé en l’occurrence.

Ce qui est ennuyeux est inefficace : les études cognitives montrent clairement que la répétition monotone crée rapidement des retards dans les performances d’apprentissage, quelle que soit la matière étudiée. La répétition est certes nécessaire, mais notre mémoire, même procédurale, est émotionnelle. Sans émotion, pas de souvenir. Sans plaisir ni douleur, pas d’apprentissage.

Gageons que le lecteur moyen de ce billet ne soit pas adepte du masochisme et que nous cherchons à vivre une expérience positive dans la danse. Les facteurs de succès résident donc dans la répétition adjointe de variations, contextuelles et graduées, équilibrant la nouveauté et l’intégration plus profonde des éléments connus pour un bon encodage d’une information dans notre mémoire. Et cela, dès les premiers pas !

Je m’interroge donc sur la capacité pédagogique de certains de mes contemporains. La danse de salon a beau être une invention datant de la fin de la deuxième révolution industrielle, sortant du domaine populaire ou tribal pour arriver dans les salons bourgeois, doit-on en rester aux méthodes d’enseignement originelles ? Plus d’un siècle nous sépare de cette époque et pourtant, certaines méthodes autant que certains praticiens ne semblent pas être de notre siècle.

On croise encore trop souvent des tenants de la doctrine de la répétition à outrance, objectivant la chimère de l’exécution parfaite de notre sacro-sainte Salida avant de commencer – un jour peut-être – à nourrir l’appétit de leurs élèves (et de leurs cerveaux) avec des éléments d’improvisation ou de simple liberté. Les mêmes praticiens seront par ailleurs dans l’incapacité d’appréhender la nécessité d’une approche corporelle globale de leurs troupes, qui vivent souvent à côté de leur corps depuis des années et pour lesquelles la danse représente une reprise du dialogue salutaire avec ce dernier.

Rappelons qu’une telle doctrine de l’enseignement va à l’encontre de l’histoire de notre danse préférée. La notion de cours de danse est assez récente dans le tango argentin. Traditionnellement les hommes apprenaient cette danse par compagnonnage ou par imitation dans les bals de leur quartier. C’est ainsi d’ailleurs que sont nés certains styles historiques du tango, par le développement  de figures ou postures dans des zones géographiques cloisonnées. Rappelons là aussi qu’il était très mal venu d’aller se confronter au compadritos d’un autre quartier, y compris sur la piste, le tout pouvant se régler à coup de lame. La mise en place de méthodes d’enseignement globales et rationnelles du tango (dont votre serviteur se fait l’avocat chaque semaine) est donc une préoccupation récente, plutôt liée au tango nuevo et à l’apport de la danse contemporaine et de son académisme.

Le tango n’est évidemment pas la seule victime de ce syndrome. Mon passé de musicien d’un quart de siècle dans les conservatoires me rappelle à quel point il peut être difficile de trouver un maître qui ne soit pas enfermé dans la transmission d’un académisme sclérosé. Seulement le tango n’a rien d’académique : multiforme et en évolution constante, cette danse mérite mieux que ce qu’on lui donne à enseigner aujourd’hui et les sciences cognitive appliquées à la danse devraient devenir un point d’appui constant dans nos recherches pédagogiques, pour ceux qui cherchent…

En clair, chers apprentis tangueros, vous méritez mieux que le retour à l’école communale de grand papa !

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