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Feldenkrais et notre tango : un plaidoyer personnel (III)

Feldenkrais et notre tango : un plaidoyer personnel (III)

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Cette série sur la méthode Feldenkrais devait se terminer par un troisième volet en mode «easy reading» façon : les dix raisons pour lesquelles Feldenkrais améliorera votre tango. Cependant, l’appel de l’écritoire matinale m’a finalement conduit dans un plaidoyer pour l’adoption de la pratique plus dense et personnel que je ne le pensais, hors du contexte de la danse. Il te faudra donc, cher Camarade Kioskien, souffrir encore de ma prose un billet durant avant de retrouver la lecture de mes joyeux sarcasmes tangueros.

Au-delà de l’utilitarisme revendiqué pour les danseurs de la méthode Feldenkrais, je voulais donc revenir sur des points non couverts dans les deux précédents articles (ici et ), presque plus intimes et surtout plus essentiels que nos gesticulations en musique.

Un monde de perceptions, d’habitudes et de certitudes

De l’aspect esthétique au modèle fonctionnel du corps, se donner un peu d’épaisseur

Tous les animateurs d’activité artistique et particulièrement de danse savent à quel point nos élèves ont des perceptions atrophiées d’eux- même. «Trop grands, trop gras, tordus, et mes jambes et mes bras et ma tête (alouette!)… » Le miroir de la salle de danse, aussi imparfait soit-il, sera toujours moins déformant que le regard que les nouveaux arrivants portent sur eux-mêmes. En cela, toute forme d’activité corporelle de groupe est un bienfait, ramenant à la réalité du corps quotidien, loin des fantasmes qui nous sont vendus à grand renfort de Photoshop. Et voilà simplement illustré un point essentiel sur lequel repose la méthode : le biais de perception et notre immaturité individuelle à intégrer son influence.

«La carte n’est pas le territoire», cet aphorisme usé jusqu’à la corde prend néanmoins tout son sens ici. N’avez-vous jamais remarqué que certaines parties de notre corps sont totalement absentes de l’image que l’on s’en construit, ou de nos sensations quotidiennes ? La distorsion n’est pas seulement esthétique et liée à tel ou tel complexe, elle est aussi fonctionnelle. «Mal de dos, mal du siècle», cette expression ne serait pas aussi souvent utilisée si la majorité de la population n’avait occulté tout ou partie des sensations associées à cette région du corps. Cette ignorance d’une posture juste et de mouvements mécaniquement cohérents ne peut durer qu’un temps, celui qui précède l’apparition du dernier signal d’alerte : la douleur.

Voilà donc, à mon sens, une des forces principales de la méthode Feldenkrais. Elle nous permet de passer dans un premier temps d’une représentation figée et obsolète, en deux dimensions de notre corps à une exploration en volume et en densité. Les différentes séquences de mouvement que composent une séance de prise de conscience par le mouvement nous permettent de ressentir l’ensemble de l’appareil squelettique, musculaire, des organes. Il ne s’agit pas ici d’inventorier, mais bien de ressentir la dynamique des interactions qui rend cohérent le tout. En clair, là où d’autres pratiques se proposent d’imposer des solutions toutes faites à des problèmes stéréotypés, la méthode Feldenkrais nous propose déjà de bien illustrer le paysage d’une problématique avant de la régler. Exit le prêt-à-porter, Feldenkrais, c’est du sur mesure !

Tout n’est qu’habitude : choisissons les bonnes

Une des premières choses qui m’a aussi séduit dans l’approche de Moshe Feldenkrais, c’est la relation intime qu’il tisse avec ce qu’on appelle maintenant les neurosciences. Il est particulièrement didactique quand il s’agit de parler du développement du cerveau humain et des différentes dynamiques d’organisation qui s’y opèrent tout au long de la vie. En cela, même si je suis loin d’être un expert, je le trouve particulièrement en avance sur ce qu’ont pu développer les recherches en psychologie cognitive par la suite.

Schématiquement, si l’on devait résumer en quelques lignes ce qui sous-tend ici la méthode Feldenkrais, c’est l’utilisation des particularités du cerveau humain comparé à d’autres mammifères. Alors qu’une jeune gazelle naissante ne mettrait quelques minutes avant de pouvoir se mettre à se déplacer, le petit humain ne devra lui attendre des mois. Ce désavantage au départ n’est que l’effet négatif de ce qui fonde pourtant la supériorité du cerveau humain : son énorme plasticité. En clair : à la naissance, seules les connexions nécessaires à la survie sont déjà en place. La création de connexions supplémentaires, et donc toutes les capacités cognitives et motrices de l’individu, sera fonction des expériences et contextes dans lesquels l’individu sera amené à évoluer. Ce processus est permanent et notre cerveau se trouve être une machine auto modifiée tout au long de la vie.

Cette plasticité s’accompagne d’une capacité de généralisation ou d’inférence plus exactement pour l’homme.Très tôt,si un enfant a par exemple été élevé avec un chat blanc et qu’il rencontre un chat noir dans la rue, il sera capable de comprendre qu’il s’agit de la même espèce et le nommera «chat». En revanche, il n’est pas rare qu’un chien habitué au chat blanc pendant sa face de socialisation ne chasse uniquement que les chats d’une autre couleur. Cet exemple est certes trivial, j’en conviens. Mais pourquoi vous parler de ça ? Si ces généralisations nous permettent d’être efficaces, d’aller droit au but, elles sont parfois trop extrêmes au point de créer des raccourcis désastreux. La méthode Feldenkrais nous permet de délier tout cela.

En effet, ces raccourcis ou excès de généralisation trouvent leurs pendants en terme de mouvement dans notre mémoire procédural. Cette dernière guide (grossièrement) nos habitudes et rituels, qui forment nos actions et donc notre être. Renforcer sans cesse un chemin neuronal pour le rendre efficace dans le cadre d’un besoin habituel, c’est parfait. À moins que l’habitude en question ne soit destructrice. Les addictologues vous en parleront beaucoup mieux que moi… Dans une moindre mesure, nos habitudes de mouvement peuvent-elles aussi être destructrices et être à l’origine de pathologies.

Et voilà le second point qui fonde pour moi l’intérêt majeur de la méthode Feldenkrais : nous pouvons changer nos habitudes tout au long de la vie. Mais énoncer cela n’est malheureusement pas suffisant, faut-il encore proposer des manières de trouver de nouvelles habitudes et une motivation pour notre cerveau de remplacer l’une par l’autre. La recherche permanente du plaisir du mouvement est la réponse à ce second élément. En bon mammifère notre cerveau ne possède en dernier ressort que deux motivations d’apprentissage : rechercher le plaisir est fuir la douleur. Privilégier le plaisir n’est pas forcément plus efficace, mais certainement plus éthique.

Pour le premier, sans rentrer dans des considérations techniques folles, le simple fait de renverser le contexte d’exploration dans une position où le squelette ne s’organise plus en opposition verticale à la gravité propose une situation de neutralité vers toutes les options possibles d’un mouvement. La réversibilité du mouvement, les rapports proximaux, et la recherche de l’effort juste font aussi partie de l’outillage applicatif de Feldenkrais pour donner une information claire au système nerveux

Sur ce tout dernier point, je ne résiste jamais au besoin d’illustration dans mes cours de danse. De mémoire, elle est basée sur les travaux de Colgi, prix Nobel de médecine. Vous la trouverez en toute fin de l’article.

Eureka ! Quand les certitudes se brisent

Résumons: nous sommes des êtres aux perceptions tout à fait faillibles et dont le centre de commande principal passe son temps à chercher le chemin le plus rapide ou le plus générique pour sortir d’un problème, qui n’est probablement le plus efficace. Il n’en faut pas plus pour se retrouver dans la situation inextricable de l’impossibilité auto construite. «Je n’ai pas de rythme, j’ai deux pieds gauches…», «je ne pourrai pas…» est une des expressions que je dois entendre le plus dans un premier trimestre de cours (en général, mes élèves fuient avant le second !).

Voici donc pour toi une autre citation le Moshe Feldenkrais pour illustrer la chose :

La seule chose véritablement permanente dans nos modèles de comportement, c’est que nous croyons qu’ils le sont.

Voilà un joli coup de pied porté à la religion des pensées limitantes, dont le nombre d’adeptes ne cesse de croître en ces temps obscurs. Nos certitudes sont des illusions temporaires, même si elles sont parfois nécessaires. Il nous est facile d’intégrer qu’un enfant a besoin de certitudes intermédiaires lors de sa scolarité par exemple. En mathématique, on expliquera que les nombres sont positifs, puis relatifs, puis rationnels, puis imaginaires (oui ce truc bizarre, dont le carré est négatif…). Autant d’étapes où nous devons abandonner une certitude pour en raccrocher une autre. Pourtant, à l’âge adulte, nous nous comportons comme si toutes vérités étaient établies pour le monde qui nous entoure et surtout pour nous-mêmes. En voilà une belle stratégie pour ne jamais évoluer autrement que par l’entremise d’autrui.

Nous voilà enfin rendus au dernier point qui me fait considérer le travail de Moshe Feldenkrais comme un apport dont nous devrions tous avoir connaissance : son indéniable processus d’émancipation et de maturation de l’individu. Feldenkrais s’est lui-même essayé au sujet dans son livre : «L‘être et la maturité du comportement : Une étude sur l’anxiété, le sexe, la gravitation et l’apprentissage» (petit rappel d’usage, je mets un lien vers la boutique Amazon pour les références, mais passe par ton libraire en priorité !).

Feldenkrais et politique…

Je ne pouvais pas terminer cet article sans une petite digression militante. Ceux d’entrevous qui me prennent déjà pour un triste gauchiste réduit à la petite étiquette insoumise peuvent passer directement passer au bonus.

Ha, tu es donc resté mon cher Camarade ! Parlons un peu du monde qui nous entoure : un monde dans lequel les arts et la culture sont bornés dans le périmètre du non-agir dans la cité ; un monde dans lequel les associations dites «d’éducation populaire» qui devaient nous sauver de l’ignorance politique de l’adulte se retrouvent à donner des cours de yoga (coucou la MPT de Calais…) ; un monde où le déversement des grands poncifs en 144 signes a évacué la pensée structurée ; un monde où l’effort croissant est la valeur première ; un monde où la pénibilité, la douleur sont niées ; bref, un monde qui ne propose aucune alternative ; un monde où ceux qui possèdent tout expliquent aux autres qu’ils ne sont rien. Ce monde-là ne bénéficierait-il pas à promouvoir une méthode qui met l’individu au centre de sa propre évolution, qui pose comme postulat la liberté d’agir, reconnaît la diversité des chemins possibles pour un même objectif, refuse la fatalité du «no pain, no gain» ? Je suis personnellement persuadé qu’elle apporterait plus de révolutions intérieures que toutes les promesses de grand soir de la terre.

Pourquoi Feldenkrais et pas une autre méthode

Passer autant de temps sur Feldenkrais et aussi peu sur les autres pourrait paraître joliment suspect. Je n’ai pas expérimenté toutes les techniques d’éducation somatique, mais les plus facilement accessibles. Pourquoi donc avoir à ce point accroché à la méthode Feldenkrais ? Certainement par ce que je lui trouve les qualités des grandes œuvres : à la fois simple, dans ces concepts, élégante dans sa mise en œuvre et détachée de toute évidents en ce qui me concerne. Je trouve les autres aussi moins complètes, plus restreintes dans leur champ d’application. Peut-être aussi par ce que mon très humble parcours dans le monde de la physique m’a amené à côtoyer quelques lieux où Moshe Feldenkrais a établi ces théories (le CEA et le CERN dans lequel Moshe Feldenkrais a été invité pour une conférence filmée en 1981).

Le meilleur moyen de construire un avis reste encore de tester toutes les méthodes pour vous même !

Bonus : petite expérience à reproduire

Pour la reproduire, arme-toi d’un bandeau, de quelques feuilles de papier et d’un livre suffisamment lourd (un bon vieux bottin devrait faire l’affaire).

  • Première étape : bande les yeux d’une victime consentante.
  • Seconde étape : demande-lui de tendre les mains et pose le bottin sur celles-ci. le rôle du cobaye sera d’indiquer quand il sentira un changement de poids dans ses bras. Pose alors une feuille de papier sur le bottin. Si vous tu n’es pas trop bruyant, le cobaye ne devrait rien sentir.
  • Troisième étape : répéter alors l’opération en remplaçant le bottin par quelques feuilles de papier. Quand tu poseras une seule feuille supplémentaire sur le tas ainsi formé, il y a fort à parier que le cobaye indiquera qu’il a ressenti une différence !

Tu peux alors conclure devant une assistance totalement médusée qu’une information sensible n’est perceptible et consciemment disponible que si les capteurs censés transmettre l’information ne sont pas saturés. En conséquence, toute pratique en force ou en vitesse permet très efficacement de ne rien ressentir de subtil à ce que l’on fait et donc de n’y jamais rien changer ! Voici donc une excellente façon de ne pas progresser.

Feldenkrais et tango : la science en question (II)

Feldenkrais et tango : la science en question (II)

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Dans ce second article dédié à l’exploration de la méthode Feldenkrais, je ne souhaitais pas aller directement aux bénéfices que pourrait apporter cette méthode aux danseurs de tango, mais donner d’abord un petit aperçu des preuves scientifiques qui concourent à démontrer l’efficacité de la méthode. Malheureusement, je me dois d’être franc : mes recherches dans ce domaine n’ont pas été particulièrement fructueuses devant le manque de littérature scientifique sur le sujet. Ce sera donc en complément des courts résultats disponibles, l’occasion de revenir plus en détail sur la méthode Feldenkrais. Enfin, il faudra aussi me pardonner, camarade Kioskien, si la suite semble un peu plus technique que le premier opus dédié à la vulgarisation de la méthode. (suite…)

Feldenkrais et tango : Feldenkrais, c’est quoi ? (I)

Feldenkrais et tango : Feldenkrais, c’est quoi ? (I)

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Camarade Kioskien, je te propose aujourd’hui un voyage en terre peut-être inconnue, un voyage en Feldenkrais. Loin d’être un expert du sujet, mais plutôt un amateur éclairé, il me semble important de partager en quoi la méthode Feldenkrais a changé mon rapport au corps, au tango et à son enseignement. Avant toute chose, il me faut prendre un temps pour définir de quoi nous allons parler. (suite…)

Lundi c’est concert – II

Lundi c’est concert – II

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Diego El Cigala. Cigala & Tango

Concierto Teatro Gran Rex de Buenos Aires

Cher camarade kioskien,

Aujourd’hui c’est lundi et je te livre le deuxième opus de notre «lundi, c’est concert». Je te présente donc aujourd’hui Diego Ramón Jiménez Salazar, surnommé El Cigala, est un chanteur de flamenco espagnol né en 1968. Chanteur de flamenco, il nous livre en 2010 un album dont Télérama nous dit : «Epousant le cadre mélodique du pas de deux, il retrouve, instinctivement, le rythme intérieur du cante jondo. La fusion, timide sur les premiers titres, met d’ailleurs du temps à retranscrire la passion fiévreuse commune à ces deux musiques de l’âme. ».

Personnellement, je suis fan de ce crossover et particulièrement de ce live d’El Cigala à Buenos Aires ! Bonn écoute.

 

Pourquoi j’ai arrêté le tango…

Pourquoi j’ai arrêté le tango…

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…pour commencer à danser !

Préambule : toute «vérité» n’est pas bonne à dire.

J’imagine la joie que courte durée qu’on pu avoir certains à la lecture de ce titre. «Il va enfin fermer sa grande gueule de con prétentieux». Oui mes chers amis d’outre-chti, écrire un blog sur le tango qui ne ressasse ni les grands poncifs ni les contre-vérités du marketing actuel de notre danse est semble-t-il une activité à haut risque, professionnellement parlant. Quelques points de vue exposés dans les colonnes de ce blog font de moi «celui dont on ne dit pas le nom» dans ma propre région, au point d’être blacklisté de la majorité des invitations à enseigner ou musicaliser à 100 km à la ronde. Coucou les Lillois…

Dans une autre vie je serai peut-être un animateur clientéliste en mode Christine Cordula : «Ma chérrrrriiiieee tes houuuuits ils sont magnifaaaïque», mais dans celle-ci, cela m’est impossible.

En cette rentrée 2017, je suis toujours ébahis devant l’attitude d’une communauté de peu sachants toujours prête à étaler sa science en bal et sur les réseaux sociaux. La palme du ridicule revient aux commentaires dégoulinant de sottises que l’on peut lire en dessous des «démonstrations» des derniers maestros à la mode du quartier, pourtant incapables de tenir un axe et de poser un pied en rythme. Pour le voir faut-il encore avoir un regard exercé.

Lève la jambe, t’auras l’air d’un danseur !

C’est tout ce que ça m’inspire.

Ce billet est m’est venu de la résurgence du souvenir d’un article ayant prés de 20 ans et que je ne peux retrouver sur le site des «amis de l’alto». Il s’intitulait «j’arrête d’enseigner l’alto pour enseigner la musique». C’est un parallèle direct que je tenterai de tracer ici. Je salue au passage Michel Michalakakos, altiste de très grand talent, grand amateur de tango, au point d’avoir élaboré des centaines d’arrangements pour notre magnifique instrument. Par exemple : « Contrabajeando » pour 4 altos

Du véritable sujet de cet édito

Ce titre, un tantinet «pute à clic», mérite tout de même une explication plus sérieuse que son entrée en matière. Quand je parle d’arrêter le tango, je parle ici d’arrêter de prendre/donner des cours de tango où la réduction à cette seule discipline comme alpha et oméga place hors champs toutes autres possibilités offertes pour explorer notre art.

Mieux, j’ai le doux espoir que certains de mes pairs puissent s’engager sincèrement dans la voie d’une pédagogie intégrale, en se formant avec sérieux à des disciplines connexes qui enrichissent autant leur danse que leur enseignement. On arrêterait alors de cacher les lacunes avec le voile pudique d’un style traditionnel ou fantaisie. Une utopie.

Sortir du folklore sclérosant

Si attachés que sont les débutants et certains pratiquants chevronnés, parfois bloqués dans les années 40, à revendiquer un exotisme latin suranné, on assiste parfois à une forme de sclérose de la danse. Rappelons qu’une sclérose est un durcissement pathologique d’un organe. Notre organe est ici autant la guinche que son artisan le danseur, dont la rigidité intellectuelle l’empêche de voir un panorama plus large de la danse, de ses outils, de ses enjeux. Parfois si figé dans le hublot du tango, il réduit d’autant son champ de vision.

Je tiens ici à vous signaler que la majorité des danseurs de bal que je rencontre sont encore persuadés que «Piazzolla, ça ne se danse pas» par exemple. Le hublot se fait ici microscope, vérité définitive qui omet soigneusement la production des innombrables arrangements d’Astor Piazzolla au sein de l’orchestre d’Aníbal Troilo».

S’ouvrir à d’autres pratiques, qu’elles soient académiques ou populaires, permettrait sans aucun doute à notre communauté de gagner en maturité en sortant du cadre. Peut-être qu’expérimenter l’impro contact donnerait à certains l’intuition que le guidage du tango ayant nourri ses prémices, il pourrait bénéficier des recherches accomplies depuis dans ce domaine à l’instar d’autres disciplines. Peut-être que la participation à un cours de barre au sol indiquerait à d’autres que le corps, comme outil du danseur, se doit d’être analysé en dehors du contexte biaisé du tango, pour enfin comprendre la mécanique qui sous-tend nos mouvements quotidiens. Enfin, s’initier à une technique somatique telle que la méthode Feldenkrais aurait peut-être définitivement raison de ces infinies répétitions sans aucune variation ni lien avec les facultés cérébrales d’intégration que je peux observer dans de trop nombreuses interventions pédagogiques.

En bref, notre danse pourrait sortir de l’âge bête en s’offrant un voyage vers de nouvelles terres d’explorations, nourrissant ainsi une forme d’intelligence collective manquant cruellement à notre communauté. On pourrait se prendre à rêver d’une forme d’éducation populaire au tango, renforçant le savoir critique jusqu’à comprendre la portée politique actuelle d’une danse fondée sur la communication interpersonnelle infraverbale, de l’adaptation permanente à l’autre ou de l’organisation collective d’un espace partagé. Oui, je rêve d’un autre monde…

S’ouvrir à de nouvelles communautés de danseurs

Sortir de son cercle de connaissance habituel, c’est avant tout aller à la rencontre d’autres danseurs, praticiens, d’autres cultures. Aussi enrichissante soit intrinsèquement la démarche, elle nous permet aussi de montrer ce qu’est réellement notre danse, en dehors de tous ses clichés et représentations raccourcies.

Il y a deux ans, j’étais par exemple inscrit dans un cours de danse pour adulte mêlant barre au sol et chorégraphies Moderne-Jazz. Ce cours était dispensé par mon amie Élodie Obert, dont je dois louer ici les exceptionnelles qualités humaines et de danseuse. Ce cours ne m’a pas seulement permis de découvrir de nouvelles sensations (et quelques lacunes…), il m’a aussi permis de montrer de quoi parle notre danse à la pause. «Ni guinguette, ni paillette», vous connaissez mon credo.

C’est quasiment un travail de militant, mais expliquer autour de nous à d’autres danseurs ce dont parle réellement notre danse est certainement le meilleur moyen de leur faire franchir la porte d’une session d’initiation. Ainsi, ces participants peuvent s’en retourner chez eux et possiblement élargir le cercle des curieux et futurs participants à leurs amis. Imaginez la communauté que nous pourrions construire si chacun allait porter la bonne parole du tanguero en créant des liens avec des yogis, des pratiquants d’arts martiaux, du cirque, du théâtre, des musiciens…

Mieux connaître sa propre danse

Participer à d’autres cours de danse vous permet non seulement d’enrichir votre danse, mais aussi de mieux la définir. Rappelons que les philosophes nous expliquent qu’il est impossible de penser notre monde sans les mots pour le décrire. De la même manière, comment penser notre danse sans un vocabulaire du mouvement qui ne dépasserait pas le champ moyen (et donc médiocre) d’un tango monolithique conservé dans le formol d’une transmission par compagnonnage traditionnel ? Personne ne vous demande de devenir historien de la danse ou expert de toutes ses disciplines. Nonobstant, il me paraît difficile de décrire le tango sans une comparaison comme le ferait un musicien décrivant un courant musical en comparaison d’un autre.

Voyez ici les possibilités infinies d’améliorations qui s’offrent à nous. Nous pouvons dans cette démarche augmenter notre culture générale dansée, mais aussi nous concentrer de retour au studio, sur ce qui fait la substantifique moelle de notre danse. Nous pourrions dès lors nous concentrer sur nos découvertes dans un périmètre mieux défini du tango et surtout développer un style personnel.

C’est la fin de la guerre des clones que je vous promets, où les élèves sont des reproductions en réductions de leurs professeurs, où les pas ne se limitent plus à l’extraction des séquences des couples à la mode relayées par des chaînes YouTube et Facebook sans originalité ou des producteurs de festivals sans ambitions artistiques. La liberté putain!!!

Parlons musique

J’ai déjà entrepris ce sujet dans des articles précédents comme Les bénéfices du travail rythmique pour votre tango ou l’école idéale du tango. J’observe avec un certain désarroi que la communauté tango désigne pompeusement la connaissance basique des éléments musicaux commun à toute la musique occidentale «interprétation et musicalité du tango». Quand je vous dis qu’il serait nécessaire d’abandonner le tango pour étudier la danse, nous pouvons étendre la démarche à la musique.

Très peu nombreux sont les cours où l’on peut entendre parler de mesure, de carrure, de phrase musicale, de chant, de contre-chant, de support rythmique, de voix, d’altérations, d’accentuation, bref de tous les choix qu’un compositeur a faits pour rendre sa création singulière ou servir un texte. Pourtant, la littérature scientifique nous donne matière à comprendre comment le manque d’intégration d’une plus fine dimension rythmique est un facteur essentiel de l’efficacité dans l’apprentissage du mouvement. Vous trouvez ici, ici, et quelques ressources pour vous en convaincre. J’ai bon espoir de vous en faire une traduction résumée dans les semaines à venir.

Alors que faire si votre professeur ne peut vous instruire à ce sujet ou que vous vous sentez un peu court sur le sujet auprès de vos élèves ? Encore une fois, oubliez le tango un instant et mettez-vous dans la peau d’un individu souhaitant apprendre le chant ou un instrument. Autour de vous, il y a forcément une école de musique, une association, un SEL où un professionnel partagera avec vous son savoir. Si toutefois aucune solution de ce type ne vous était offerte, des chaînes YouTube de vulgarisation, des sites spécialisés et des applications mobiles existent. Avec un effort minimal, vous trouverez toujours une solution.

Là, c’est un nouveau monde qui risque de s’offrir à vous. Outre le fait de rencontrer des gens qui pourront s’intéresser à notre art et vous expliquer que la structure du tango ne se limite pas à l’inoxydable 2×4, vous pourrez vous découvrir des capacités d’écoute jusque là insoupçonnées. Mieux encore vous pourriez expérimenter une véritable révolution dans votre parcours d’enseignement : la mise en place du rythme précède celle du mouvement. Sinon, vous pouvez continuer à apprendre par coeur des séquences pour espérer un jour les placer sur la musique et commencer à interpréter. Rien n’est impossible.

Dégager les gourous

Un effet de bord observé de la démarche consistant à replacer le tango dans un panorama beaucoup plus vaste de la danse est de vous faire rencontrer les professionnels d’autres disciplines. Le choc peut alors être rude à la rencontre d’ancien de l’opéra de Paris ou des ballets Béjard, d’un maître de yoga, etc. Précision des consignes, qualité des séquences d’échauffement, structuration du cours et du plan pédagogique, une certaine humilité dans les parcours académiques… Voilà qui pourrait donner matière à contraste. Difficile effectivement, après un voyage quasi initiatique en terre de compétences de revenir à la médiocrité hebdomadaire d’un animateur sans formation. Vous pourriez alors avoir envie de voir ce qui se passe ailleurs dans le monde du tango cette fois-ci, c’est probablement pour cela qu’une majorité de mes paires reste engluer dans une conception aussi fantasmée que sectaire se résumant à : «en tango, c’est différent».

Je maintiens ici, histoire d’entretenir les inimitiés en cours, que si la culture générale artistique était un poil plus élevée dans notre communauté, les deux tiers des cours que je connais fermeraient dans le mois. Ils laisseraient ainsi la place à des professionnels dûment formés, correctement rémunérés. Ils stopperaient par la même occasion un bon nombre d’escroqueries consistant à dispenser de l’argent public à des associations d’animation, donnant bonne conscience à l’édile local et occupant des têtes grises désœuvrées. On pourrait aussi cesser de voir des pseudo chorégraphes nous balancer leur daube contemporaine issue des financements et copinages avec la DRAC ou le conseil départemental.

Sans conclusion aucune

De mon point de vue, notre danse vit aujourd’hui le pire de ce que le ministère de la Culture officielle et dépolitisée, de la décentralisation des politiques culturelles devenues politiques événementielles et de divertissement, de l’uberisation forcenée des statuts d’artistes et de la société «starmania» pouvaient produire.

Seulement, je tente de rester positif et je me persuade chaque matin qu’en ouvrant le champ des perspectives au-delà du périmètre autocentré du tango, il reste une possibilité pour que cette danse ne soit plus cantonnée à la médiocrité quotidienne.

Pour se libérer de ce véritable maelstrom engloutissant toute originalité et compétence dans son centre, il faudra plus que trois likes sur un article. Retroussons-nous les manches:

Arrêtons le tango et commençons la danse !

PS : dernier hommage à la fake culture :

Les rêves donnent du travail.

Paulo Coelho ; Sur le bord de la rivière Piedra (1994)

10 raisons de fuir immédiatement votre cours de tango

10 raisons de fuir immédiatement votre cours de tango

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Juger d’un cours alors même que l’on ne maîtrise pas la danse est d’une bêtise sans nom à laquelle s’adonnent beaucoup trop de persifleurs à mon goût. Cela me donne toujours l’impression d’entendre mon petit neveu critiquer Proust ou BHL parler philosophie. Bref, c’est inconvenant.
La communauté tango étant dans son immense majorité formée de danseurs ayant peu de références en terme de pratique artistique ou sportive, se fonder sur le bouche-à-oreille et les différentes réputations devient un jeu de hasard. Or, le hasard est mauvais conseiller.

J’ai donc pris sur moi de vous rédiger une petite liste des éléments qui me semblent rédhibitoires dans un cours de danse en général et de tango en particulier.

1 – Vous souffrez après les cours

C’est certainement l’élément le plus important, car il conditionne votre santé. Je ne parle pas ici de quelques courbatures qui pourraient advenir de temps à autre dans l’étude répétée de certaines séquences. Je parle bien de douleurs articulaires, ligamentaires ou osseuses.
L’étude de l’anatomie fonctionnelle du mouvement est un prérequis des formations professionnelles et particulièrement des trois diplômes d’état de professeurs de danse. Et ce n’est pas pour rien !!! Répétez inlassablement les mêmes gestes ou mettre une quantité inhabituelle d’énergie dans un mouvement d’apparence simple comporte toujours un risque de long terme s’il n’est pas correctement effectué. Si vous souffrez chroniquement de douleurs le lendemain ou surlendemain d’un cours, en plus de consulter un médecin pour évacuer une possible pathologie plus importante, je vous conseille de voir si l’herbe est plus verte ailleurs rapidement. Ou votre professeur se fout de votre bien-être ou il est incompétent à corriger postures et mouvements pour respecter la mécanique du corps.

Rappelons que les meilleurs danseurs sont ceux qui peuvent encore danser et que tous les cours gratuits ou presque du monde ne vous permettront pas de vous racheter une nouvelle hanche ou un disque vertébral le moment trop rapidement venu.

2 – Vous ne pouvez danser qu’avec les élèves de votre cours

Voilà un grand classique des cours de pas tango. Comme j’ai déjà pu l’écrire dans l’article intitulé «êtes-vous sûr d’apprendre le tango argentin», l’essence même de notre danse repose dans l’improvisation et la capacité à adapter son langage à de nombreux contextes. Combien de fois me suis-je retrouvé avec des élèves ou stagiaires me confiant penaud : «on vient ici par ce qu’on s’est rendu compte en milonga qu’on ne pouvait pas faire ça » (remplacer ça par toute forme basique du langage tango) ? Je ne le compte plus. La plupart s’étaient rendu compte sur le tard que ce qu’ils appelaient connexion ou guidage n’était qu’une forme de convention locale à leur cours aussi subtil qu’un réflexe pavlovien.
À ce titre, j’entends souvent parler du style comme argument soutenant l’impossibilité pour certains groupes de danser entre eux. Belle arnaque intellectuelle que voici ! Une forme de danse ou de musique se reconnaît comme forme justement par ce qu’elle regroupe une communauté de langage. Le jazz est ce qu’il est par ce qu’un groupe d’individu peut jouer ensemble indépendamment que l’un le fasse à la John Coltrane, le second à la Bill Evans, etc.
En clair : si vous ne pouvez guider ou être guidé par un danseur de tango revendiqué, il y a au moins un incompétent dans le couple. Si passé un temps raisonnablement long, cette situation est votre lot commun dès que vous mettez un pied en dehors du cours, google est votre ami et se chargera de vous trouver des solutions alternatives.

3 – Votre professeur n’a aucune formation artistique reconnue

Sérieusement est-il besoin d’une explication ?
J’entends déjà des cris d’orfraie par écran interposé. J’imagine aussi la liste des arguments foireux pour justifier le manque de formation d’un tel. Un au hasard ? -«Oui, mais les grands maestros du passé ont appris sur le tas !» Depuis 40 ans maintenant le tango s’est structuré (comme il peut) et est entré dans une phase académique dont la simple existence d’école de tango prouve ce changement d’ère. Qui plus est, nous vivons l’âge d’or de la connaissance où les formations n’ont jamais été aussi disponibles et peu chères. Bref, il faut être sot ou particulièrement lâche pour utiliser encore cet argument.
À moins que vous ne soyez un fan du forum Doctissimo, il y a fort à parier que vous preniez vos conseils médicaux auprès d’un véritable médecin assermenté. Votre avocat ? Je pense aussi que vous le préférez diplômé. Alors, pourquoi s’acharner à vous donner corps et âme en pâture à un retraité dégarni qui s’est découvert une passion pour la danse sur le tard ?

4 – Tout vous semble difficile

Comme le disait notre cher Léonard, «La simplicité est la sophistication suprême». Si dans une succession de cours tout vous semble difficile sans distinction, il y a là quelques hypothèses à étudier. La première : vous êtes inscrit dans un cours de niveau trop élevé. Dans ce cas revenez sur terre et maîtrisez votre ego en vous remémorant ce dicton : «les débutants choisissent les cours intermédiaires, les danseurs intermédiaires choisissent les cours avancés et les danseurs avancés reprennent les bases».
Seconde hypothèse : votre professeur est incapable de s’adapter aux possibilités techniques du groupe ou d’aménager des variantes alternatives à un programme initial. C’est souvent le cas des professeurs novices qui se sentent mal si vous n’allez pas à leur rythme ou des petits escrocs n’ayant aucun projet pédagogique autre que vous tirer du pognon.
Troisième et dernière hypothèse : votre professeur n’en est pas un. Il est incapable de rendre intelligibles ses explications. Pire, il complexifie parfois les choses pour conforter son statut ou se contredit au fil des séances.
Rappelons ici que la danse sociale, au contraire de la physique nucléaire ou de la chirurgie cérébrale, ne devrait nécessiter aucune complexité superflue ou don particulier pour être partagée avec le plus grand nombre. Si c’est flou, c’est qu’il y a un loup. Et cassez-vous !

5 – Vous n’êtes toujours pas autonome après 3 ans de cours

Je vois autour de moi des associations avec pas moins de 9 niveaux/années de formation. Quand on connaît le temps d’un parcours préprofessionnel au conservatoire, on est en droit de se réjouir devant une telle promesse de voir les pistes remplies d’excellents danseurs. L’espoir s’évanouit souvent devant la réalité et  l’infantilisme globale des participants.
Revenons à l’essentiel : quel est le seul but d’un véritable professeur ? Vous libérer des chaînes de l’ignorance et vous permettre de créer votre propre parcours d’expérimentation en toute sécurité. Le reste n’est que décoration.
Si après trois ans auprès d’un même enseignant vous n’êtes toujours pas capable de créer vos propres routines d’échauffement et de travail à la barre ou au miroir, que vous ne pouvez pas remplir une après-midi de pratique par autre chose que la répétition, fuyez. Ce cercle de dépendance est sans fin. Un professeur qui ne souhaite pas ardemment que vous puissiez le plus rapidement possible vous séparer de lui ne mérite ni votre temps ni votre argent.

6 – Votre professeur enseigne 5 danses différentes

Peu importe les points communs que certains veulent absolument trouver entre le tango rioplatense et d’autres danses, comme son ersatz de salon par exemple. Il faut bien lui reconnaître des qualités très spécifiques ayant influencé les techniques de danse tout au long de la première moitié du 20e siècle, une exception pour une danse de couple. Certains d’entre nous ont dédié leur vie à l’exploration de cet art et n’en ont pas fait le tour après des décennies d’étude et de pratique quotidienne. Au-delà de la pratique, l’enseignement est un autre aspect d’exploration demandant d’être capable d’analyser un autre corps que le sien et de transmettre à des individus avec un parcours différent. Si être initié par un animateur multidanse n’est en aucun cas problématique, la poursuite d’un parcours digne de ce nom demandera un intervenant plus qualifié et spécialisé. Pour faire court, si votre professeur vous assure pouvoir danser et enseigner plus de trois danses pour des niveaux supérieurs, prenez rapidement la porte sans discuter.

N.B. Toi, le professeur de danse de salon qui s’excite sur sa chaise en me lisant, détends-toi. La danse de salon est une seule et même danse. Une non-danse en fait puisqu’elle applique indistinctement les mêmes séquences à des musiques issues de traditions totalement différentes, mais c’est un autre sujet. Ceci dit, si tu enseignes le tango dit européen, tu ferais certainement ton plus grand cadeau au monde des arts et de la culture en cessant sur-le-champ cette activité…

7 – Le cours ne correspond pas à vos objectifs et moyens

C’est un point assez particulier que voilà, puisque ni professeur ni élève ne sont en cause. En effet, le meilleur cours de la terre vous dégouttera à terme de la danse s’il ne correspond pas à vos objectifs.
Cherchez-vous un cours de danse pour socialiser, pour passer le temps, faire des rencontres amoureuses ou maîtriser l’art subtil du tango ? Une fois la phase de découverte passée, il serait utile de mettre au clair vos objectifs et les moyens cohérents en terme de temps à y allouer. Si votre cours actuel et vos aspirations ne collent pas, vous prendrez certainement plus de plaisir ailleurs. C’est aussi du temps gagné pour votre professeur/animateur.
Je me permets de donner un avis plus personnel quand à vos choix de danse en fonction de vos objectifs, m’ennuyant prodigieusement devant un public «clients du club Med», que je fais fort logiquement fuir comme la peste. Si vous voulez socialiser le rock et la salsa sont d’excellentes alternatives au tango avec un nombre de pratiquants et des occasions de danser beaucoup plus important. Vous voulez draguer, allez en soirée kizomba, vu le niveau technique général ça ne peut servir qu’à ça !

8 – Personne n’a jamais vu votre professeur en bal

Oui cela existe encore… Le professeur YouTube, comme j’aime à surnommer ce genre d’escroc, n’a jamais mis les pieds dans une milonga et il ne les mettra probablement jamais. Il pique chaque semaine un enchaînement en vidéo qu’il recrache mollement à ces élèves. Tout de même avisé de ces lacunes, le sieur ne va pas détruire sa réputation en se mélangeant à la plèbe dans un bal. Si vous venez de débuter en choisissant un cours sur le net, il est possible que vous tombiez sur ce genre d’énergumène. La détection se fait en une question : où allez-vous danser ? Vous notez et vérifiez que les événements sont bien des bals tango, pas uniquement organisé par le club et que le sieur y est bien présent.

9 – Les autres participants vous snobent

Un cours collectif, c’est aussi – et peut-être avant tout – une communauté de partage et d’entre-aide. Seulement il y a des cours où le moindre changement de partenaire est un calvaire et chaque nouvel arrivant se fait promptement toiser de nombreuses séances avant d’être possiblement intégré. Une dynamique de groupe, ça se crée et ça se gère quitte à virer certains membres qui se prennent un peu trop au sérieux. Dans le terme danse sociale, il y a danse et social (trop dur). Difficile d’espérer acquérir une réelle compétence dans un cadre au milieu d’une bande de sociopathes à l’égo démesuré.

10 – Le professeur se déguise

Multipliant les accessoires et les tenues extravagantes, les plus scéniques possibles, votre professeur est un véritable transformiste. Il ne sait dispenser son hypothétique savoir en cours sans le combo chapeau-gilet-foulard pour lui et la robe à paillettes tendance à poil pour elle. Fuyez donc ! Vous n’êtes plus dans un cours de danse, mais dans une pièce de théâtre dédiée à la gloire d’un couple de gourous. Même si les fringues sont un aspect du décorum tango, rappelons ici que la danse est affaire de mouvement et non de fripes. Cette attitude est particulièrement représentée chez les escrocs à la petite semaine qui s’adressent au quidam ne connaissant du tango que ce qu’il a vu dans «danse avec les stars» et recrutant les spectateurs dans les événements estivaux de plein air et autres kermesses municipales.

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